Claude Guéant, ancien ministre de l’Intérieur, et Gaston Flosse, ex-président de la Polynésie française, ont été entendus comme témoins dans l’enquête sur la mort suspecte de Robert Boulin, ministre du Travail en 1979. L’audition, tenue le 10 janvier devant la juge d’instruction du tribunal judiciaire de Versailles, apporte de nouveaux éclairages sur cette affaire vieille de 45 ans.
Selon l’avocate de Fabienne Boulin-Burgeat, fille du défunt, Claude Guéant a confirmé que le ministère de l’Intérieur avait été informé du décès dans la nuit, bien avant l’heure officielle de la découverte du corps (8h40). Cette déclaration remet en cause la version initiale d’un suicide par noyade après ingestion de barbituriques.
Gaston Flosse, dernier à avoir vu Boulin vivant, a également témoigné par visioconférence depuis la Polynésie. Proche de Jacques Chirac et Charles Pasqua, il a décrit un ministre serein, loin de l’état d’esprit d’un suicidé. Il s’est dit surpris de ne jamais avoir été interrogé jusqu’ici.
L’affaire Boulin a été relancée en 2022 grâce au témoignage d’un nouvel informateur désignant un suspect décédé en 1986. Cette réouverture met en lumière des incohérences dans l’enquête initiale, notamment concernant l’heure de découverte du corps. La famille de Boulin, qui conteste la thèse du suicide, soupçonne un assassinat lié à des révélations qu’il s’apprêtait à faire sur des affaires immobilières.
Alors que la juge actuelle quitte ses fonctions à la fin du mois, l’avocate Marie Dosé s’inquiète des retards accumulés. « Nous avons attendu 10 ans pour entendre Claude Guéant », déplore-t-elle, tout en espérant que les nouvelles pistes permettront enfin de faire la lumière sur cette mort restée mystérieuse.