Invité de Sonia Mabrouk et Laurence Ferrari ce vendredi matin sur Europe 1 et CNews, François Bayrou s’est exprimé sur les enjeux géopolitiques et économiques actuels. Le Premier ministre a notamment abordé la guerre en Ukraine, la politique de Donald Trump et les tensions croissantes entre la France et l’Algérie. Il a également évoqué la nécessité de financer l’« économie de guerre » voulue par Emmanuel Macron, sans écarter la piste d’un emprunt national.
« L’épicentre d’un tremblement de terre »
Sur la guerre en Ukraine, François Bayrou a condamné sans ambiguïté l’offensive russe, qu’il considère comme un bouleversement majeur de l’ordre mondial. « Désormais, c’est la loi du plus fort », a-t-il averti, dénonçant ceux qui voudraient présenter Vladimir Poutine comme un acteur de paix. Le Premier ministre s’est également inquiété du virage diplomatique pris par Donald Trump depuis son retour à la Maison-Blanche. Il accuse le président américain d’avoir abandonné l’Ukraine et de déstabiliser les alliances internationales. « Ce que nous voyons aujourd’hui, c’est une véritable destruction de l’ordre mondial établi après la Seconde Guerre mondiale », a-t-il déclaré.
Concernant la défense européenne, François Bayrou a rappelé que la force de dissuasion nucléaire française reste sous l’autorité exclusive du président de la République. Toutefois, il a laissé entendre que la question de l’élargissement du parapluie nucléaire à d’autres pays européens pouvait être posée. « Une attaque contre l’Allemagne ou la Belgique ne fait-elle pas partie des intérêts vitaux de la France ? », a-t-il interrogé.
Le Premier ministre a réaffirmé la nécessité pour l’Europe de développer sa propre défense, tout en se montrant prudent sur l’idée d’un financement commun.Face aux défis budgétaires, François Bayrou a reconnu que le réarmement de la France nécessiterait des ressources financières considérables. Il a évoqué la possibilité d’un emprunt national, bien que rien ne soit encore acté. « C’est une option sur la table, mais nous devons d’abord définir précisément nos besoins », a-t-il expliqué.
Cette hypothèse divise au sein du gouvernement. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, s’est montrée réservée, rappelant que « plus on crée de la dette, plus on met en péril notre souveraineté financière ». Un rendez-vous clé est prévu le 20 mars avec les acteurs de la finance et de l’industrie de la défense afin d’explorer d’autres sources de financement, y compris le recours à l’épargne privée.
Pression sur l’Algérie et menace de suspension des accords de 1968
Enfin, François Bayrou a durci le ton envers Alger, exigeant une amélioration rapide des procédures de laissez-passer consulaires pour le retour des clandestins. Il a donné un délai de six semaines aux autorités algériennes, menaçant de suspendre les accords de 1968 en cas d’inaction.
« Nous avons des accords super privilégiés avec l’Algérie, mais ils impliquent du respect mutuel », a-t-il souligné, dénonçant certaines décisions prises par Alger. Une mise en garde qui intervient alors que les tensions diplomatiques entre les deux pays sont à leur point le plus haut depuis 1962. Dans un contexte international incertain, François Bayrou se positionne ainsi en défenseur de la souveraineté française, tout en prônant un réarmement réfléchi et une fermeté accrue sur les questions migratoires et diplomatiques.