Le département d’État américain a annoncé mercredi la reprise du traitement des demandes de visas étudiants étrangers, suspendu depuis mai, mais cette relance s’accompagne d’une mesure controversée : l’obligation pour tous les candidats de rendre publics leurs comptes sur les réseaux sociaux à des fins de vérification.
Désormais, tout refus de débloquer ses profils pour inspection pourra être interprété comme une volonté de dissimuler des informations, ce qui pourrait conduire au rejet de la demande de visa. Cette exigence fait partie d’un durcissement des contrôles instauré par l’administration Trump, qui souhaite détecter toute trace d’hostilité présumée envers les États-Unis, leur gouvernement, leur culture ou leurs institutions dans l’activité en ligne des futurs étudiants.
Le traitement des visas avait été suspendu le mois dernier, le temps de mettre en place ces nouveaux critères d’évaluation. Cette interruption avait suscité de vives inquiétudes parmi les candidats internationaux, notamment ceux devant commencer leurs études ou stages de recherche dès l’été. Mercredi, un doctorant chinois basé à Toronto a confié son soulagement après avoir obtenu un rendez-vous pour un entretien de visa prévu la semaine prochaine. « Je rafraîchis la page du site plusieurs fois par jour », a-t-il raconté, préférant ne pas donner son prénom par crainte de représailles.
Cette reprise s’accompagne aussi d’un changement dans les priorités de traitement : les consulats américains ont reçu pour consigne de privilégier les étudiants candidats à des universités où les étrangers représentent moins de 15 % de l’effectif global. Cette directive, confirmée par une source gouvernementale, affecterait près de 200 établissements aux États-Unis, dont les huit universités de l’Ivy League ainsi que des institutions publiques majeures comme l’Université de l’Illinois ou Penn State.
Depuis plusieurs mois, les étudiants étrangers aux États-Unis font l’objet d’un renforcement généralisé des contrôles. Le gouvernement a élargi les motifs de révocation de leur statut légal, et certaines expulsions ont même concerné des étudiants n’ayant commis que des infractions mineures. L’administration Trump a par ailleurs ciblé directement l’université Harvard, accusée d’accueillir trop d’étrangers, et milite pour limiter à 15 % la part d’étudiants internationaux dans les grandes universités américaines.
La nouvelle politique de filtrage des réseaux sociaux s’ajoute à une pression croissante sur les libertés d’expression. Pour Jameel Jaffer, directeur de l’Institut du premier amendement à l’université Columbia, cette mesure rappelle les pratiques de la guerre froide : « Elle transforme chaque agent consulaire en censeur et risque de faire taire des opinions politiques légitimes, y compris en dehors des États-Unis. »
Dans le même temps, Washington a demandé à 36 pays de renforcer leurs propres procédures de vérification des voyageurs, sous peine de voir leurs ressortissants interdits d’entrée sur le sol américain. Douze pays figurent déjà sur cette liste de restrictions.