L’administration du président américain Donald Trump envisage de commencer cette semaine les premières expulsions de migrants vers la Libye, un pays pourtant régulièrement dénoncé pour ses violations des droits humains, selon des informations obtenues par Reuters auprès de plusieurs responsables américains. Des vols militaires pourraient décoller dès mercredi, bien que les plans restent susceptibles d’être modifiés à la dernière minute.
Cette mesure s’inscrit dans une campagne de répression migratoire agressive menée par le président républicain depuis son retour à la Maison-Blanche. Depuis janvier, l’administration Trump a intensifié les expulsions et cherché à élargir le nombre de pays acceptant de recevoir des migrants, en particulier ceux accusés de délits ou considérés comme en situation irrégulière prolongée. Lundi seulement, plus de 152 000 personnes ont été expulsées selon le Département de la Sécurité intérieure (DHS).
L’initiative d’expulser vers la Libye intervient alors même que le Département d’État américain avait sévèrement critiqué, dans son dernier rapport annuel sur les droits de l’homme, les « conditions de détention potentiellement mortelles » dans les centres de rétention libyens, ainsi que les « arrestations arbitraires » et le manque d’état de droit. La Libye, marquée par le chaos depuis la chute du régime de Kadhafi en 2011, reste profondément divisée entre deux gouvernements rivaux, avec un climat sécuritaire instable.
Aucune information n’a filtré sur le nombre ou la nationalité des migrants concernés. On ignore également si un accord formel a été conclu avec les autorités libyennes pour accepter ces expulsés. Interrogées, ni la Maison-Blanche, ni le Département d’État, ni le Pentagone n’ont souhaité commenter ces informations.
Le secrétaire d’État Marco Rubio a récemment déclaré que les États-Unis cherchaient activement de nouveaux pays pour y envoyer des migrants, déclarant même en réunion de cabinet : « Plus on s’éloigne de l’Amérique, mieux c’est. » Il a également indiqué que les pays « amis » étaient sollicités pour accueillir ce qu’il a qualifié de « certains des êtres humains les plus méprisables ».
L’annonce de ces possibles expulsions vers la Libye intervient dans un climat politique tendu. Le 19 avril, la Cour suprême a temporairement suspendu une expulsion de migrants vénézuéliens accusés d’appartenir à un gang, soulevant de nouvelles questions sur le respect des procédures légales et les recours offerts aux migrants.
Les défenseurs des droits humains et des migrants s’inquiètent d’une politique jugée expéditive, où les considérations humanitaires seraient éclipsées par des objectifs électoraux. Les critiques pointent notamment l’absence de garanties sur les conditions de rétention ou les droits des personnes expulsées, en particulier vers des pays instables comme la Libye.