WASHINGTON — Le gouvernement américain et le président du Salvador, Nayib Bukele, ont déclaré lundi qu’ils n’avaient aucun fondement légal ou politique pour permettre le retour de Kilmar Abrego Garcia, un homme du Maryland expulsé à tort vers le Salvador le mois dernier. Cette décision, qui va à l’encontre d’un arrêt de la Cour suprême ordonnant de « faciliter » son retour, soulève une vive controverse sur la légalité des expulsions et les limites du pouvoir exécutif.
Le cas d’Abrego Garcia, aujourd’hui détenu dans une prison notoire au Salvador, est devenu emblématique des dérives du programme d’expulsions de l’administration Trump. Le Département de la sécurité intérieure affirme qu’il ne peut pas le rapatrier, estimant que l’homme se trouve désormais « sous la garde souveraine d’un État étranger ». Le président Bukele, pour sa part, a jugé « absurde » toute demande de retour, qualifiant Abrego Garcia de « terroriste », sans preuve publique étayée.
L’affaire a attiré l’attention du Congrès. Le sénateur du Maryland, Chris Van Hollen, a menacé de se rendre au Salvador si son concitoyen n’était pas rapatrié « d’ici la mi-semaine ». Il a rappelé que les tribunaux avaient unanimement reconnu qu’Abrego Garcia avait été expulsé illégalement et qu’il devait être ramené sans délai.
L’administration Trump, de son côté, continue d’élargir son programme d’expulsions, parfois en contournant les garanties judiciaires habituelles. Des ONG comme l’ACLU ont dénoncé une vague d’expulsions accélérées visant notamment des ressortissants vénézuéliens accusés sans preuve d’appartenir à des gangs, en s’appuyant sur une loi du XVIIIe siècle.
Par ailleurs, la Maison Blanche affirme qu’elle serait disposée à affréter un avion pour récupérer Abrego Garcia si le Salvador acceptait de le renvoyer — ce que Bukele refuse catégoriquement. Pendant ce temps, le président Trump a proposé d’envoyer également des citoyens américains condamnés pour crimes au Salvador, une idée juridiquement contestable qui a suscité un tollé chez les défenseurs des droits civiques.
L’affaire Abrego Garcia met en lumière la tension croissante entre décisions judiciaires, droits fondamentaux et ambitions politiques d’une administration qui défie ouvertement les contre-pouvoirs.