Devant la cour d’appel de Paris, l’ancien président est revenu au centre du procès en appel sur les soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007. Même ligne, même fermeté: pas un euro du régime de Mouammar Kadhafi n’aurait alimenté sa campagne. À l’audience, l’ancien chef de l’État a défendu une thèse alternative, plus technique mais politiquement explosive, celle d’un circuit d’argent distinct, décrit comme un « système de rétrocommissions », qui aurait profité à Abdallah Senoussi, ancien numéro 2 du régime libyen. Une façon de déplacer le projecteur: si l’argent a circulé, ce ne serait pas pour lui.
Une clé USB, 19 000 fichiers et une autre histoire du dossier
Au coeur de cette stratégie, un objet qui pèse lourd dans un dossier déjà saturé de zones grises: 19 000 documents issus d’une clé USB attribuée à l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine, décédé en septembre 2025. Nicolas Sarkozy a salué le travail « lumineux » de ses avocats à partir de ces fichiers, présentés comme des éléments nouveaux capables de donner « une lecture différente » de l’affaire. En première instance, le tribunal avait retenu que trois virements de 6,5 millions d’euros, versés sur des comptes liés à Takieddine, avaient pu servir au financement de la campagne, sans établir l’arrivée effective de fonds dans la comptabilité électorale. Le détail compte, surtout quand il manque.
Face aux juges, Nicolas Sarkozy a insisté sur l’idée d’un argent libyen capté par l’intermédiaire puis en partie reversé au clan Senoussi, évoquant des tableaux et des factures attribuant des dépenses au fils d’Abdallah Senoussi, Mohamed, jusqu’à l’achat d’un yacht. « On est certain que Ziad Takieddine a touché beaucoup d’argent libyen et qu’il en a reversé au clan Senoussi », a-t-il martelé. L’ancien président assure qu’il n’avait pas pu produire ces éléments au premier procès, faute d’avoir formellement demandé l’exploitation de la clé USB. Reste un fait, têtu: en première instance, l’hypothèse des rétrocommissions avait été écartée faute de preuves et, à ce stade, ni le président de la cour d’appel ni le ministère public ne semblent s’en saisir, laissant l’appel s’installer dans une bataille d’interprétations où chaque document devient une pièce, ou une ombre, avant les prochaines audiences.
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