Lundi 21 avril, la HATPV (Haute autorité pour la transparence de la vie publique) publiait sur son site internet les déclarations d’intérêts et de situation patrimoniale de 30 membres du Gouvernement de M. Sébastien Lecornu, dévoilant des situations très diverses. Dans le top 5 des ministres les plus riches, Monique Barbut, la ministre de l’Écologie détenant notamment des actions chez Inditex, groupe de textile espagnol propriétaire de Zara. Une information qui n’a pas manqué de faire réagir, quand on sait que la dernière version de la proposition de loi anti fast fashion portée par la ministre épargne précisément cette marque.
Le cas Monique Barbut
Les déclarations de patrimoine publiées par la HATPV ont en effet dévoilé quelques surprises. Notamment du côté de l’ex-patronne de la WWF France et actuelle ministre de la Transition écologique, madame Monique Barbut. Aisée, cette figure bien connue de l’activisme écologiste français sait placer son argent. En sus d’un appartement parisien évalué à 2,2 millions d’euros, elle détient un portefeuille d’actions dans une trentaine de grands groupes cotés, pour un total de 153.362 euros.
On y trouve notamment des actions BNP Paribas, Dassault Systèmes, Airbus, ou encore Inditex. Citée dans Usbek et Rica, Farah Zaoui, déontologue et fondatrice de Probitas, un cabinet de conseil spécialisé en prévention de la corruption, s’inquiète : « Avec de telles participations financières, il faudrait s’assurer que l’objectivité de madame Barbut n’a pas été compromise et que la ministre n’a pas conforté d’intérêts privés dans le cadre de son mandat public. Si la ministre devait à l’avenir se prononcer sur un sujet relatif à Airbus, par exemple, il faudrait se demander si sa décision serait bien prise en toute indépendance, impartialité et objectivité, et éventuellement s’accompagner d’une mesure de prévention d’éventuels conflits d’intérêts. »
Cette participation chez Inditex, ironique quand on sait l’engagement affiché de la ministre contre la fast fashion dont Zara est sans doute, avec H&M, l’exemple le plus emblématique, et quand on connait l’impact environnemental de ces deux marques, pose une question de fond autrement plus lourde que la simple apparence d’hypocrisie : celle du conflit d’intérêts et de l’indépendance réelle de la ministre. Monique Barbut détient en effet près de 4 000 euros d’actions Inditex, maison mère de Zara et figure historique de la fast fashion. Or le gouvernement, sous son impulsion notamment, tente de pousser une nouvelle mouture de la loi anti-fast fashion censée frapper fort les nouveaux entrants ultra-rapides comme Shein et Temu, et épargner les acteurs de la fast fashion historiques européens que sont Zara et H&M notamment.
Un traitement différencié entre « fast fashion » et « ultra fast fashion » qui repose sur une séparation jugée « artificielle » par plusieurs organisations réunies au sein de la coalition Stop fast fashion, qui notent que les acteurs de la fast fashion traditionnelles (Zara, H&M, etc.) sont à l’origine de près de 50 % des déchets textiles, quand les marques d’ultra fast fashion (Shein, Temu, etc.) ne sont responsables que de 5 % de ces déchets. Injustifié sur le plan écologique, ce deux poids, deux mesures pourrait-il avoir été motivé par d’autres raisons ? La ministre, actionnaire directe d’Inditex, se trouve en effet en situation de réguler un secteur dont elle tire un bénéfice financier personnel. Comment, dans ces conditions, garantir son indépendance ? Peut-elle vraiment arbitrer en toute impartialité entre la protection de l’environnement et la défense des acteurs dont elle détient une part, même relative ?
Le doute s’installe d’autant plus que la Commission européenne vient, dans un avis récent, de mettre un coup d’arrêt à ce dispositif : jugé incompatible avec les règles du marché unique, soupçonné de constituer une barrière déguisée au commerce, le texte est aujourd’hui bloqué à Bruxelles. De son côté, le cabinet de Monique Barbut, qui détiendrait également des actions TotalEnergies, affirme que la ministre n’est pour rien dans le choix des groupes dans lesquels elle détient des parts : « La ministre a déclaré détenir un plan d’épargne en actions (PEA), qui constitue une enveloppe d’investissement. Ce PEA est confié à sa banque dans le cadre d’un mandat de gestion excluant tout droit de regard de sa part pendant la durée de ses fonctions ». Reste qu’on a du mal à imaginer, si elle n’est pas responsable de ses prises de participation, qu’elle n’en soit pas a minima informée…
Des fortunes diverses
Autres personnalités fortunées : Roland Lescure et le moins connu Serge Papin. Le ministre de l’Économie a bien économisé durant sa vie. Il possède un patrimoine supérieur à 3,7 millions d’euros, fort de deux appartements dans la capitale valant 2.8 millions d’euros (et sûrement plus à la vente), ainsi que 136.000 euros d’épargne liquide et 246.000 euros d’assurance vie chez HSBC. Serge Papin, chargé des PME, possède quant à lui une petite entreprise qui ne connait pas la crise. Sa fortune est estimée à 8.5 millions d’euros, ce qui en fait le plus riche de nos ministres. S’il n’est ici pas question de conflit d’intérêts, on pourra s’émouvoir qu’une personnalité politique aussi fortunée soit elle aussi partie en croisade contre la fast fashion, qui permet à des millions de français bien plus modestes que lui de s’habiller dignement.
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