La scène politique australienne a été secouée mardi par l’annonce de la fin de l’alliance de plus de 60 ans entre le Parti libéral et le Parti national, les deux grandes formations de la droite australienne. Cette rupture survient après la défaite écrasante de la coalition face au Parti travailliste d’Anthony Albanese lors des élections fédérales du 3 mai.
« Il est temps de faire une pause », a déclaré David Littleproud, chef du Parti national, évoquant des désaccords profonds sur les politiques énergétiques et les priorités rurales. Les Nationals, qui représentent essentiellement les zones rurales, reprochent aux Libéraux de ne pas avoir suffisamment défendu des positions clés, notamment sur l’introduction de l’énergie nucléaire, la régulation des grandes chaînes de supermarchés et l’amélioration des télécommunications dans l’outback.
La nouvelle cheffe du Parti libéral, Sussan Ley, élue à la tête du parti après la perte de son prédécesseur Peter Dutton, a exprimé sa déception face à cette décision, affirmant que les libéraux continueraient à former l’opposition officielle avec leurs 28 sièges. Ce score marque leur pire résultat historique, alors que les travaillistes ont obtenu 94 sièges sur 150, renforçant leur majorité et leur mandat.
Le Parti national a conservé 15 sièges, et s’est dit prêt à rouvrir le dialogue à l’approche des prochaines élections, tout en affirmant vouloir défendre de manière indépendante les intérêts des électeurs ruraux. Le refus de Sussan Ley d’endosser une politique pro-nucléaire, alors que l’Australie détient les plus grandes réserves d’uranium au monde mais interdit toujours cette forme d’énergie, a été l’un des points de rupture.
David Littleproud a critiqué la politique actuelle de transition énergétique menée par le gouvernement travailliste, qu’il qualifie de « transition aveugle vers les renouvelables », dénonçant notamment l’impact des éoliennes sur le paysage agricole et la sécurité alimentaire.
La fragmentation de la droite intervient dans un contexte de recomposition électorale : les Libéraux ont perdu plusieurs sièges urbains face à des candidats indépendants prônant l’égalité des sexes et l’action climatique, illustrant une fracture croissante entre électeurs urbains et ruraux. « Peut-être que ce fossé se manifeste aujourd’hui au sein même du débat politique », a estimé Michael Guerin, directeur d’AgForce, un groupe d’agriculteurs du Queensland.
Le gouvernement travailliste, fort de son nouveau mandat, n’a pas tardé à commenter la situation. Le trésorier Jim Chalmers a parlé d’une véritable « fusion nucléaire » au sein de l’opposition, qualifiant la nouvelle configuration des Libéraux de « présence à peine plus grande » que celle des petits partis et indépendants au Parlement.
Alors que la coalition conservatrice se désintègre, les deux formations devront redéfinir leur identité politique dans un paysage australien de plus en plus polarisé entre zones urbaines progressistes et zones rurales conservatrices.