Par Jérôme Goulon et Jessica Pierné.
En ce week-end de la Toussaint (1er novembre) et de la fête des morts (2 novembre), consacré au souvenir de nos disparus, Entrevue vous fait découvrir en plusieurs épisodes, tout au long des journées de samedi et dimanche, les tombes de vos célébrités préférées, des plus simples aux plus incroyables en passant par les plus mystérieuses ou les plus insolites. Découvrez où reposent chanteurs, acteurs, humoristes, personnalités de la télé, politiques, sportifs et autres grandes figures qui ont marqué la France et le monde…
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ÉPISODE 8 – LES POLITIQUES
Charles de Gaulle – Mort en 1970 (79 ans) – Cimetière de Colombey-les-Deux-Églises, Haute-Marne (52)

Le 9 novembre 1970, dans le calme de sa bibliothèque à la Boisserie, Charles de Gaulle s’adonne comme à son habitude à une partie de patience. Peu après 19 heures, il est soudainement frappé d’un malaise lié à la rupture d’un anévrisme et s’éteint une vingtaine de minutes plus tard, avant que le docteur Lacheny et l’abbé Claude Jaugey n’aient pu intervenir. L’annonce officielle de son décès n’intervient que le lendemain, lorsqu’à la télévision, le président Georges Pompidou déclare solennellement : « La France est veuve. »
La disparition du Général offre un moment de réflexion sur l’importance de son action dans l’histoire nationale, mais aussi dans l’histoire européenne et mondiale. Ses obsèques religieuses se tiennent le 12 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises. Cinquante mille personnes y assistent, ainsi qu’une délégation des forces armées françaises, conformément aux volontés exprimées dans son testament. L’homélie est prononcée par Maurice Cordier, prêtre et ancien résistant. À Paris, à Notre-Dame, de nombreux chefs d’État étrangers se réunissent pour rendre hommage, tandis que 70 000 citoyens suivent la cérémonie depuis le parvis. Charles de Gaulle repose désormais au cimetière de Colombey-les-Deux-Églises, en Haute-Marne.

Georges Pompidou – Mort en 1986 (34 ans) – Cimetière d’Orvilliers, Yvelines (78)

Georges Pompidou, alors président de la République, combattait en secret la maladie de Waldenström. Selon le médecin Jean Bernard, il en souffrait déjà depuis 1968 et en avait probablement conscience lors de sa victoire présidentielle en 1969. Bernard estimait que s’il avait renoncé à son mandat, la progression de cette maladie du sang aurait été moins rapide. Les services de renseignement américains, la CIA, notèrent le diagnostic à l’été 1971, mais ne comprirent la nature exacte de sa maladie qu’un an plus tard.
Dans les derniers mois de sa vie, les effets de la maladie et des traitements corticoïdes se faisaient cruellement visibles : son visage s’était considérablement gonflé, il avait pris beaucoup de poids et sa démarche était ralentie. Concentré sur la politique étrangère, Pompidou confia progressivement ses responsabilités à son secrétaire général, Édouard Balladur. À partir de l’hiver 1973, il se retira dans son appartement de l’île Saint-Louis et nécessita une assistance médicale continue, une septicémie s’étant développée. Malgré les rumeurs, les communiqués officiels évoquaient de simples « grippes ». Lors d’une conférence cette même année, il laissa entendre qu’il pourrait se représenter à l’élection présidentielle de 1976.
Pour la première fois dans l’histoire de la Vᵉ République, un communiqué officiel, signé le 7 février 1974 par son médecin personnel, Jean Vignalou, donna des détails sur la santé du président. Le 21 mars, il fut précisé qu’il s’agissait d’une « lésion bénigne d’origine vasculaire, située dans la région ano-rectale, et hyperalgique par intermittence », une description qui masquait la gravité de la maladie de Waldenström, caractérisée par des hémorragies importantes.
La fin survint le 2 avril 1974, à 21 heures, dans son appartement parisien au deuxième étage de l’hôtel d’Hesselin, 24 quai de Béthune, sur l’île Saint-Louis. L’annonce officielle fut faite le soir même. Le 6 avril, la France lui rendit un dernier hommage à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Son inhumation à Orvilliers fut conforme à sa volonté : intime, simple, dépourvue de fleurs ou de monument, avec seulement une dalle de pierre. Son épitaphe, rédigée après son élection, résumait sa vision : « Les peuples heureux n’ont pas d’histoire, je souhaiterais que les historiens n’aient pas trop de choses à dire sur mon mandat. » Georges Pompidou reste à ce jour le seul président de la Vᵉ République dont le mandat fut interrompu par la mort.

François Mitterrand – Mort en 1996 (79 ans) – Cimetière des Grands-maisons, Jarnac, Charente (16)

François Mitterrand savait dès 1981, l’année de son premier mandat à la présidence, qu’il était atteint d’un cancer de la prostate. D’après son médecin Claude Gubler, il ordonna de falsifier ses bulletins médicaux et cacha sa maladie pendant plus de dix ans, jusqu’au 11 septembre 1992, date de son opération. Cinq jours plus tard, il devint le premier président français en exercice à évoquer publiquement une maladie dont il souffrait.
Pour certains de ses proches, journalistes ou même le Premier ministre Édouard Balladur, ses douleurs et sa fatigue l’obligèrent à déléguer une partie de ses responsabilités, sans que cela n’atteigne sa capacité intellectuelle à gouverner. Claude Gubler, en revanche, estime que Mitterrand fut plusieurs semaines incapable d’exercer pleinement ses fonctions à la fin de 1994.
Le 8 janvier 1996, François Mitterrand s’éteint à 79 ans dans son appartement de fonction, au 9 avenue Frédéric-Le-Play, dans le 7ᵉ arrondissement de Paris, des suites de son cancer. Les hommages affluent immédiatement, avec la visite de chefs d’État et de nombreuses personnalités politiques. La classe politique rend hommage unanimement, même ses opposants, à l’exception notable d’Arlette Laguiller. Jacques Chirac surprend par la chaleur de sa déclaration le soir même. Les journaux consacrent leur une à sa mort, sauf l’hebdomadaire Présent.
En avril 2012, les journalistes Laurent Léger et Denis Demonpion affirment que Mitterrand, « à sa demande expresse, a vu son calvaire abrégé un lundi » grâce à une injection intraveineuse, évoquant l’intervention du médecin Jean-Pierre Tarot, spécialiste de la lutte contre la douleur. Les auteurs précisent toutefois qu’il ne s’agissait pas d’euthanasie. François Mitterrand repose dans le caveau familial à Jarnac, en Charente. Il avait initialement souhaité être enterré au sommet du mont Beuvray, mais avait dû renoncer à ce projet en 1995, face à la polémique qu’il avait suscité.


Valéry Giscard d’Estaing – Mort en 2020 (94 ans) – Parcelle privée, Authon, Loir-et-Cher (41)

Le 14 septembre 2020, Valéry Giscard d’Estaing est hospitalisé à Paris pour une infection pulmonaire, sans être atteint du Covid-19. En novembre, il est de nouveau admis à l’hôpital de Tours pour une insuffisance cardiaque, puis retourne quelques jours plus tard dans sa résidence d’Authon. Il s’éteint le 2 décembre 2020, à deux mois de ses 95 ans, des suites du Covid-19.
Sa disparition suscite de nombreux hommages en France et à l’étranger : anciens présidents, Emmanuel Macron, Angela Merkel, Boris Johnson ou Xi Jinping saluent son rôle de réformateur et d’homme d’État engagé pour l’Europe et le monde.
Conformément à ses souhaits, ses obsèques, tenues le 5 décembre 2020 à Authon, restent strictement familiales, avec une quarantaine de participants. La cérémonie est ponctuée de musiques interprétées par des artistes renommés. Valéry Giscard d’Estaing est ensuite inhumé au côté de sa fille Jacinte Giscard d’Estaing, sur une parcelle privée jouxtant la mairie du village. Sa tombe, recouverte des drapeaux français et européen, est ornée d’une statue de son labrador et porte l’épitaphe : « In te Domine speravi non confundar in aeternum ».

Jacques Chirac – Mort en 2019 (86 ans) – Cimetière du Montparnasse, Paris (75)

La santé de Jacques Chirac décline fortement dans ses dernières années, le tenant presque reclus à son domicile parisien, où il ne reconnaît plus que sa famille et ses proches aides. Il s’éteint le 26 septembre 2019, à 86 ans, des suites d’une insuffisance rénale, « paisiblement, au milieu des siens ».
Sa disparition déclenche de nombreux hommages en France et à l’international. Un deuil national est décrété le 30 septembre, accompagné de minutes de silence dans les administrations et les écoles, tandis que Paris éteint les lumières de la tour Eiffel. L’Élysée ouvre exceptionnellement son vestibule d’honneur pour permettre au public de signer un recueil de condoléances. Emmanuel Macron rend hommage à « un grand Français, amoureux de notre culture », tandis que certains critiques rappellent son bilan politique et ses condamnations judiciaires.
Un hommage populaire est organisé aux Invalides, où son cercueil drapé du drapeau français est exposé au public, suivi de cérémonies privées et militaires et d’un hommage solennel à l’église Saint-Sulpice en présence de près de 2 000 invités, dont de nombreux chefs d’État et dignitaires étrangers. Jacques Chirac est finalement inhumé au cimetière du Montparnasse, aux côtés de sa fille Laurence.

Jean-Marie Le Pen – Mort en 2025 (96 ans) – Cimetière de La Trinité-sur-Mer, Morbihan (56)

Jean-Marie Le Pen s’éteint le 7 janvier 2025 à l’âge de 96 ans dans un établissement médical de Garches, après plusieurs semaines d’hospitalisation. Dernier parlementaire encore vivant de la IVᵉ République, il laisse derrière lui une carrière politique controversée et marquée par six décennies d’engagement.
Sa disparition suscite des réactions contrastées : des rassemblements de partisans célèbrent sa mort, provoquant l’indignation d’une large partie de l’opinion publique et des responsables politiques, qui appellent au respect de la dignité face à la mort, rappelant les propres propos de Le Pen à la disparition de Jacques Chirac. Sa fille Marine Le Pen rend hommage à son père, tandis que le Rassemblement national souligne son rôle dans les grands débats de la vie politique française, de l’immigration à la souveraineté nationale.
Jean-Marie Le Pen avait reçu l’extrême-onction quelques mois avant sa mort. Ses obsèques, le 11 janvier 2025 à La Trinité-sur-Mer, sont d’abord familiales, puis une cérémonie publique d’hommage se tient le 16 janvier à Paris. Il est inhumé aux côtés de ses parents dans le caveau familial. Sa tombe est vandalisée quelques semaines plus tard, entraînant le renforcement de la surveillance du cimetière.

Bernard Tapie – Mort en 2021 (78 ans) – Cimetière de Mazargues, Marseille (13)

En juin 2017, Bernard Tapie découvre qu’il est atteint d’un cancer touchant le cardia, zone de jonction entre l’estomac et l’œsophage, qu’il annonce immédiatement à sa famille. Quelques mois plus tard, il rend publique sa maladie et entame une chimiothérapie suivie d’une opération en janvier 2018. Au fil des années, le cancer se propage aux poumons, puis aux reins et au cerveau, mais Tapie refuse de se considérer comme en phase terminale.
Il s’éteint le 3 octobre 2021, à 78 ans, dans son hôtel particulier parisien, des suites de ce cancer métastasé. Sa mort suscite une vague d’hommages dans les mondes du sport, du spectacle et de la politique, saluant sa combativité et son courage. Une chapelle ardente est dressée sur la pelouse du stade Vélodrome à Marseille, rassemblant près de 5 000 personnes, avant que ses funérailles aient lieu en la cathédrale Sainte-Marie-Majeure. Il est ensuite inhumé au cimetière de Mazargues, dans le 9ᵉ arrondissement de Marseille.

John F. Kennedy – Mort en 1963 (46 ans) – Cimetière national d’Arlington, Virginie (États-Unis)

Le 22 novembre 1963, John F. Kennedy est assassiné à Dallas alors qu’il traverse la ville en cortège décapoté lors d’une visite pré-électorale. Blessé mortellement à la tête, il est transporté au Parkland Hospital où il est déclaré mort à 13h00, plongeant le monde dans la consternation. Lee Harvey Oswald est officiellement identifié comme l’auteur, bien que des enquêtes ultérieures suggèrent la possible implication de plusieurs tireurs. Ses obsèques nationales, organisées par sa femme Jacqueline Kennedy sur le modèle de celles d’Abraham Lincoln, attirent une attention médiatique exceptionnelle, marquant un tournant dans la couverture télévisée. John F. Kennedy est inhumé au cimetière national d’Arlington, près de Washington.

Martin Luther King – Mort en 2010 (66 ans) – MLK National Historic Park, Atlanta, Géorgie (États-Unis)

Fin mars 1968, Martin Luther King se rend à Memphis pour soutenir les éboueurs afro-américains en grève, qui réclament un salaire équitable et de meilleures conditions de travail. Le 3 avril, lors d’un discours mémorable au Mason Temple, il évoque sa vision de la « terre promise » et exprime son engagement au-delà de la peur personnelle. Le 4 avril, alors qu’il se tient sur le balcon du Lorraine Motel, il est assassiné par balle et déclaré mort peu après à l’hôpital. Martin Luther King est inhumé à Atlanta, où sa tombe porte l’inscription « Free at last » (« Enfin libre »), symbole de son combat pour l’égalité et la justice.

Winston Churchill – Mort en 1965 (90 ans) – Cimetière de l’église Saint-Martin, Bladon (Royaume-Uni)

En juin 1953, à 78 ans, Winston Churchill est frappé d’un accident vasculaire cérébral qui affecte temporairement sa parole et sa mobilité. La nouvelle est tenue secrète, officiellement attribuée à de l’épuisement. Après une convalescence à Chartwell, il reprend progressivement ses activités publiques, mais reconnaît peu à peu la nécessité de ralentir. Il quitte le poste de Premier ministre en 1955, cédant la place à Anthony Eden, tout en restant député jusqu’en 1964 et devenant « Père de la Chambre » en 1959. Retiré de la vie politique, il vit entre Chartwell et son domicile londonien, sombrant dans la dépression à mesure que sa santé décline. Le 15 janvier 1965, il subit un second AVC, qui le conduit à la mort le 24 janvier, à 90 ans. Fidèle à ses souhaits, il est inhumé dans le cimetière familial de Bladon, près du Palais de Blenheim où il est né.

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