Les tensions commerciales entre Washington et Pékin prennent une nouvelle altitude. Selon Bloomberg, la Chine a ordonné à ses compagnies aériennes de refuser les livraisons d’avions Boeing, en réponse directe à l’escalade tarifaire relancée par Donald Trump. Une décision symbolique et stratégique, qui cible l’un des fleurons de l’industrie américaine et complique l’avenir du géant aéronautique sur le marché chinois.
Guerre commerciale, épisode 2
La querelle reprend de plus belle : après l’annonce de droits de douane de 145 % imposés par l’administration Trump sur certains produits chinois, Pékin a répliqué avec des mesures de rétorsion, taxant à 125 % les importations américaines, y compris les avions et pièces détachées. Dans ce contexte, les avions de Boeing deviennent tout simplement inabordables pour les compagnies chinoises, tant à l’achat qu’à l’entretien. En parallèle, Pékin aurait demandé à ses compagnies de cesser tout achat d’équipements et de pièces américaines, selon les sources citées par Bloomberg. Un coup dur pour Boeing, dont l’approvisionnement en Chine représentait jusqu’ici une bouffée d’oxygène dans un marché mondial déjà chahuté. Pour l’instant, l’impact immédiat reste mesuré : China Southern attend 39 avions, China Eastern en attend 13, et Air China 4 — principalement des 737 MAX et 787-9. Mais l’avenir est en jeu.
Livraisons gelées, avenir incertain
En mars, Development Bank Financial Leasing avait signé la plus grosse commande chinoise de Boeing depuis 2015 : 50 Boeing 737 MAX 8, avec livraisons prévues entre 2028 et 2031. Rien ne garantit aujourd’hui que ce contrat survivra à la guerre commerciale. Or, le marché chinois est stratégique. La Chine devrait représenter 20 % de la demande mondiale d’avions d’ici 20 ans, et passer de 16 à 19 % de la flotte mondiale d’ici 2043. Boeing, qui a longtemps rivalisé avec Airbus pour dominer ce marché, risque d’y perdre bien plus que quelques appareils. Déjà fragilisé par les crises à répétition sur le 737 MAX, les problèmes de qualité sur le 787 et les retards de certification, Boeing voit s’ajouter un nouveau facteur de risque : la politique internationale. La décision de Pékin n’est pas seulement économique. C’est un message clair : dans la guerre commerciale sino-américaine, même le ciel n’est plus neutre.