Sous le soleil de Roland-Garros, la rentrée patronale a pris des allures de défouloir. Réunis aux Rencontres des entrepreneurs de France (REF), les dirigeants présents n’ont pas mâché leurs mots face à une classe politique jugée instable, égoïste et incapable de répondre aux urgences économiques. Entre les allées, un leitmotiv revenait : « ils pensent à 2027, pas au pays ».
Une confiance en chute libre
Patrick Martin, président du Medef, a ouvert les débats en dénonçant « l’exaspération » croissante du monde économique. Son constat : l’instabilité politique gèle l’investissement, ralentit les embauches et fragilise la confiance. Carrefour, Engie, PME régionales ou start-up tech, tous partagent la même inquiétude. Alexandre Bompard a prévenu du risque d’une récession si « l’esprit de responsabilité » continue de manquer. Catherine MacGregor a regretté que la stabilité, atout compétitif majeur, soit sacrifiée sur l’autel des calculs politiciens. L’instabilité née de la dissolution de l’Assemblée puis de la fragilité du gouvernement Bayrou a déjà pesé lourd : plusieurs mois d’attentisme, des projets industriels retardés, des faillites en hausse. « L’indice de confiance est à son plus bas niveau depuis 2015 », a rappelé Alain Di Crescenzo, président de CCI France.
Un rêve de gouvernement technique
Dans les travées, beaucoup appellent à rompre avec l’affrontement permanent et citent l’exemple allemand d’une coalition droite-gauche au service de l’économie. Certains se prennent même à rêver d’un Mario Draghi « à la française », un gouvernement technique composé « des meilleurs dans chaque domaine », loin des querelles partisanes. Mais la résignation domine : « 2027 est l’horizon de chacun », soupire un patron.
Lassitude et menaces de délocalisation
La lassitude est palpable. Entre deux tables rondes, les dirigeants confient leur écœurement : « On n’a que des minables pour nous gouverner », lâche l’un. « Si je suis responsable, je devrai chercher ma croissance ailleurs qu’en France », avertit un autre, pourtant « amoureux du pays ». Derrière l’humour des slogans choisis pour cette REF 2025, la gravité domine : sans stabilité politique et simplification radicale, préviennent-ils, les entreprises françaises pourraient bien tourner le dos à leur propre marché.