L’Afrique du Sud tente une troisième fois de faire adopter son budget pour combler un déficit de 4,1 milliards de dollars
L’Afrique du Sud tente une troisième fois de faire adopter son budget pour combler un déficit de 4,1 milliards de dollars

JOHANNESBURG, 16 mai 2025 — Le ministre sud-africain des Finances, Enoch Godongwana, présentera mardi 21 mai au Parlement une nouvelle version du budget national, dans une tentative cruciale pour résoudre une impasse politique qui a déjà fait échouer deux tentatives précédentes. Cette troisième proposition vise à combler un déficit de 75 milliards de rands (environ 4,1 milliards de dollars), conséquence de l’abandon d’un projet d’augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).

Le retrait de la hausse de la TVA, initialement prévue pour stabiliser la dette publique, a été imposé par des désaccords persistants entre les partis membres de la coalition au pouvoir. Ce contexte inédit de gouvernance multipartite, né de la perte de majorité du Congrès national africain (ANC) lors des dernières élections, complique considérablement les décisions budgétaires. La première mouture du budget, présentée en février, avait été rejetée par l’Alliance démocratique (DA), le deuxième plus grand parti, qui s’opposait à une hausse de deux points de TVA. Une proposition modifiée, étalant l’augmentation sur deux ans, a également été contestée devant les tribunaux.

Pour combler le trou laissé dans les finances publiques, Godongwana pourrait miser sur une combinaison de réductions de dépenses et de recettes fiscales meilleures qu’attendu. En avril, l’agence fiscale sud-africaine a annoncé avoir collecté près de 9 milliards de rands au-delà des prévisions, offrant un léger répit. Certains économistes, dont Jeffrey Schultz de BNP Paribas, restent optimistes quant à la capacité du gouvernement à maintenir un excédent budgétaire primaire à moyen terme.

Le Trésor sud-africain pourrait également puiser dans les réserves d’or et de devises, qui s’élevaient à 390 milliards de rands fin avril. Ces fonds, constitués notamment de gains de valorisation sur les avoirs en or — en hausse de 6 % le mois dernier — peuvent être utilisés sans aval parlementaire, une option soutenue par plusieurs groupes de la société civile.

Toutefois, des incertitudes demeurent. Si le Parlement échoue une nouvelle fois à adopter le budget, le gouvernement ne pourra engager que jusqu’à 45 % des dépenses prévues l’année précédente. Au-delà, des coupes brutales pourraient frapper les services publics essentiels et les aides aux entreprises publiques, comme l’énergéticien Eskom, déjà en difficulté.

Ce budget est également scruté de près par les agences de notation. S&P Global Ratings, qui évalue actuellement la note de l’Afrique du Sud avec une perspective positive, doit rendre son verdict ce vendredi. Une adoption budgétaire réussie et crédible pourrait entraîner une amélioration de la note souveraine du pays — la première depuis près de vingt ans — tandis qu’un nouvel échec pourrait alourdir les coûts d’emprunt et refroidir l’intérêt des investisseurs pour les actifs sud-africains.

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