Le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, a déclaré qu’il était dans l’intérêt des pays en développement de parvenir rapidement à un accord avec les États-Unis afin de limiter les effets des droits de douane imposés par le président Donald Trump.
Dans une interview exclusive accordée à l’Agence France-Presse, Banga a affirmé : « Un accord avec les États-Unis doit être conclu rapidement, car plus les négociations tardent, plus les conséquences négatives seront importantes pour tout le monde. »
Il a souligné que « les États-Unis appliquaient jusqu’à présent les taux de droits de douane les plus bas au monde, alors que les pays en développement imposaient des tarifs plus élevés. Nous les encourageons à les réduire, ce qui serait bénéfique pour tous, comme l’ont clairement montré les données économiques. »
Début avril, Donald Trump a imposé des droits de douane d’au moins 10 % sur la majorité des pays, et 25 % sur certains produits spécifiques, avant de suspendre ces mesures pour 90 jours — à l’exception de la Chine, où les tarifs ont été relevés à 145 %.
Ajay Banga a également répondu aux critiques du secrétaire américain au Trésor, Scott Pissente, qui avait récemment déclaré que Banga et la directrice générale du FMI, Kristalina Georgieva, devaient « gagner la confiance du gouvernement » américain. « Les gens se focalisent sur les États-Unis parce qu’ils sont notre principal actionnaire », a expliqué Banga, « mais d’autres grandes puissances ont aussi changé de gouvernement : le Japon, la Corée du Sud, l’Allemagne. Même la France a changé deux fois de gouvernement », rappelant que ces pays aussi attendent des clarifications de la part de la Banque mondiale.
Il a insisté sur le fait que la mission principale de son institution demeure inchangée : aider les pays à éradiquer la pauvreté, notamment en créant des emplois durables, ce qui passe par « l’investissement dans les infrastructures, l’éducation et la santé », des priorités partagées avec le gouvernement américain, selon Banga.
Il a également mentionné l’importance de la production d’électricité, soulignant qu’il avait pour ambition, dès le début de son mandat, de connecter 300 millions de personnes en Afrique subsaharienne au réseau électrique. « Nous devons tenir compte des besoins de chaque pays, garantir une production non intermittente et choisir la source d’énergie la mieux adaptée pour assurer un approvisionnement continu. »
Reconstruire l’économie post-guerre
Ajay Banga a souligné la nécessité d’impliquer le secteur privé dans les investissements pour la reconstruction de l’Ukraine après la guerre.
Selon lui, la reconstruction nécessitera un effort colossal, estimé à « plus de 500 milliards de dollars sur 10 ans, soit trois fois le PIB actuel de l’Ukraine », selon l’AFP.
« Il sera impossible de revenir exactement à la situation d’avant-guerre, nous devons donc trouver des solutions innovantes », a-t-il expliqué. Cela nécessitera des réformes supplémentaires au-delà de celles déjà entreprises par le gouvernement ukrainien afin « d’attirer davantage de capitaux privés ».
Le président de la Banque mondiale a précisé : « Nous estimons qu’environ un tiers des 500 milliards de dollars nécessaires devra provenir du secteur privé. »
Il a ajouté : « De nombreuses questions sont sur la table, y compris la manière dont l’Ukraine pourrait exploiter ses ressources minières, via un partenariat possible avec les États-Unis pour favoriser l’investissement dans ce domaine. »
Washington souhaite d’ailleurs pousser l’Ukraine à signer un accord de « partenariat économique » permettant la création d’un fonds commun destiné à exploiter les ressources minières, notamment les minerais rares, pour financer partiellement la reconstruction du pays.
Donald Trump espère ainsi compenser une partie des milliards de dollars d’aides militaires accordées par son prédécesseur Joe Biden à l’Ukraine.
Ajay Banga a salué « les réformes réalisées jusqu’à présent dans un contexte de guerre, ce qui n’est pas chose facile », tout en appelant Kiev à « poursuivre ses efforts ».
Il a souligné que l’Ukraine avait commencé à réformer son secteur énergétique pour faciliter l’entrée d’investissements privés, et que des projets attractifs pour les investisseurs étaient en préparation, tout en modernisant l’infrastructure bancaire du pays.
Enfin, l’Ukraine n’a pas été le seul sujet abordé lors des réunions de printemps du FMI et de la Banque mondiale cette semaine. Ajay Banga et Kristalina Georgieva ont également rencontré des représentants des nouvelles autorités syriennes.
Banga a précisé : « Nous n’en sommes qu’au début, les sanctions sont toujours en place, ce qui complique la situation », ajoutant : « Nos équipes et celles du FMI se rendront sur place pour évaluer précisément les besoins. »