Les Français risquent de démarrer 2026 avec un cadeau empoisonné. Dès le 1er janvier, essence, gaz et électricité subiront une hausse sensible. Le litre de carburant grimpera de 4 à 6 centimes, les factures énergétiques pourraient s’alourdir d’environ 50 euros par an. En cause, selon certains, un levier écologique opaque et mal compris : les Certificats d’Économies d’Énergie, ou CEE. Derrière cette mécanique, une question fait grincer les dents : la voiture électrique serait-elle, indirectement, responsable de cette hausse ? Mis en place en 2006, le système des CEE oblige les fournisseurs d’énergie à financer des mesures favorables à la transition écologique. Objectif affiché : inciter à la sobriété énergétique. Dans les faits, cela revient à imposer aux énergéticiens – et donc à leurs clients – de subventionner des dispositifs gouvernementaux comme le bonus écologique ou le leasing social pour les véhicules électriques. C’est cette logique de financement indirect, peu lisible sur une facture, qui alimente la grogne.
Un coût invisible mais croissant
En 2026, le bonus écologique passera à 5 700 euros pour l’achat d’un véhicule électrique neuf. Le leasing social, lui, continue d’avancer péniblement : alors que la première campagne avait rempli son quota de 50 000 voitures en quelques jours début 2024, la seconde peine à convaincre, avec seulement 40 000 dossiers enregistrés en deux mois. Ces aides ont un prix, et le dispositif CEE est une des pompes à financement. Résultat : les fournisseurs d’énergie, soumis à ces obligations croissantes, répercutent discrètement les coûts sur les consommateurs. Officiellement, personne ne parle de « taxe ». Mais dans les faits, l’addition est bien là. Selon plusieurs experts du secteur, les CEE représentent aujourd’hui plusieurs milliards d’euros collectés chaque année. Et les Français, qu’ils bénéficient ou non de ces programmes, en assument collectivement la charge. Pour un ménage moyen, l’impact est estimé entre 30 et 80 euros par an selon son niveau de consommation énergétique.
Faut-il pour autant accuser le véhicule électrique d’alourdir les factures ?
Pas si simple. La filière bénéficie effectivement de soutiens publics, mais elle n’en est pas la seule bénéficiaire. Les CEE financent aussi des travaux d’isolation, des rénovations thermiques ou encore des remplacements de chaudières. Le véhicule électrique cristallise l’attention car il est visible, incarné, médiatisé. Mais il n’est qu’un maillon d’une chaîne plus large de décarbonation. Solal Botbol, PDG de la startup Beev (spécialisée dans le leasing électrique et les bornes de recharge), rappelle que l’électromobilité reste en partie dépendante de ces soutiens pour décoller réellement. Selon lui, accuser la voiture électrique, c’est prendre le problème par le mauvais bout. Le vrai débat, insiste-t-il, concerne la transparence des mécanismes de financement et leur efficacité. À ce jour, aucun outil ne permet aux Français de savoir précisément combien ils paient via les CEE pour financer telle ou telle aide. Or cette opacité alimente soupçons, ressentiment et discours simplificateurs. La hausse des prix de l’énergie au 1er janvier illustre une tension croissante : comment financer la transition sans écraser les ménages ? La voiture électrique, symbole malgré elle de cette tension, cristallise les critiques. Pourtant, ce sont bien les choix structurels du financement de la politique énergétique à travers les CEE qui posent question. Reste à savoir si l’État acceptera de rendre le système plus lisible, ou s’il persistera à faire de la transition un coût masqué.