Au moment où chaque passage à la pompe ressemble à un petit coup de massue, une note de travail attribuée au gouvernement vient jeter une pierre dans le jardin déjà encombré de Bercy. Le document, révélé par Franceinfo, évoque une hausse des marges brutes dans la distribution de carburants depuis le début des tensions au Moyen-Orient fin février, alors que les cours du pétrole remontaient. Dans ses lignes, on lit une moyenne autour de 30 centimes par litre en début d’année, puis des pointes relevées dans certaines stations à 39, 43 et jusqu’à plus de 50 centimes sur le gazole, autour de 40 centimes sur l’essence.
Ce qui gêne, c’est le décalage frontal avec la parole publique récente. Ces derniers jours, plusieurs membres du gouvernement ont répété que les distributeurs ne profitaient pas de la hausse des prix à la pompe pour gonfler leurs marges. Or la note cite des acteurs identifiés, groupes pétroliers et grande distribution, avec des noms qui parlent au quotidien des Français: TotalEnergies, Eni, Esso, Avia mais aussi Carrefour Market, Carrefour Contact ou Intermarché, selon Franceinfo.
Une bataille de centimes, une bataille de mots
Contacté, Bercy conteste la solidité des chiffres et dit ne pas connaître l’origine du document. Le ministère de l’Économie renvoie à la mécanique, moins spectaculaire mais plus coriace: suivre des marges est un exercice glissant, elles varient selon les enseignes, les dates de remplissage des cuves, les conditions d’approvisionnement, parfois même d’une station à l’autre à quelques kilomètres près. Dans les couloirs, l’administration assure travailler à des modèles de contrôle, en admettant à demi-mot la difficulté de transformer une réalité commerciale en courbe propre.
Le gouvernement maintient sa ligne: après des niveaux jugés parfois trop élevés au début de la période de tension, la situation serait revenue « sous contrôle ». Bercy dit poursuivre des échanges réguliers avec les distributeurs et chercher à ramener les marges à leur niveau d’avant-crise. Dominique Schelcher, patron de Coopérative U, a rappelé sur X un point souvent oublié quand les nerfs sont à vif: la note parle de marges brutes, pas de marges nettes, avec des coûts en hausse, transport en tête, qui viennent rogner le résultat final.
Reste un fait politique, presque mécanique lui aussi: quand un document circule et que la facture grimpe, le soupçon s’installe plus vite que les démentis. À force de mots trop assurés et de chiffres contestés, l’État se retrouve à devoir prouver qu’il surveille vraiment, sans donner l’impression d’accuser à l’aveugle ni de couvrir qui que ce soit. Et pendant que les experts débattent de modèles, les automobilistes, eux, regarderont surtout la prochaine variation d’un ou deux centimes, celle qui dira si la promesse de « retour sous contrôle » se traduit enfin sur le ticket de caisse.
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