Le Territoire du Nord australien, première juridiction au monde à avoir légalisé l’euthanasie volontaire en 1995, pourrait adopter à nouveau une loi sur l’aide médicale à mourir, a annoncé vendredi le gouvernement local. Ce territoire pourrait ainsi devenir la dernière entité australienne à se doter d’un tel cadre légal, après l’adoption de lois similaires par l’ensemble des six États et par le Territoire de la capitale australienne.
Les lois pionnières du Territoire du Nord, votées il y a 31 ans, avaient été annulées en 1997 par le Parlement fédéral australien après que quatre patients en phase terminale eurent été légalement aidés à mourir. Depuis, l’interdiction faite aux territoires de légiférer sur la question a été levée, ouvrant la voie à une nouvelle tentative de réforme.
La procureure générale du Territoire du Nord, Marie-Clare Boothby, a indiqué que les parlementaires pourraient examiner un projet de loi d’ici la mi-2026. Les élus seraient autorisés à voter selon leur conscience, sans discipline de parti, compte tenu de la sensibilité du sujet. Elle a souligné que la réforme nécessitait une approche prudente et concertée, insistant sur la volonté du gouvernement de trouver un équilibre entre droits des patients et garanties éthiques.
Un comité parlementaire a recommandé en septembre 2025 l’adoption d’une loi autorisant l’aide médicale à mourir, ainsi que le lancement d’une vaste campagne d’information publique afin de lutter contre la désinformation, notamment dans les communautés isolées et autochtones. La rédaction du texte est actuellement en cours.
Le Territoire du Nord présente toutefois des défis particuliers. Sa population, la plus faible du pays, compte environ 260 000 habitants répartis sur un territoire presque aussi vaste que la France. Plus d’un quart de ses habitants sont autochtones, contre moins de 4 % à l’échelle nationale. Les points de vue des communautés aborigènes sur l’euthanasie volontaire sont très contrastés : certains expriment une méfiance profonde envers le système médical et craignent des abus, tandis que d’autres défendent un accès équitable à l’aide médicale à mourir, assorti de garanties culturelles strictes.
La présidente de l’Assemblée législative du Territoire du Nord, Robyn Lambley, a exprimé de fortes réserves, estimant qu’une information suffisante auprès des populations autochtones, dont beaucoup ne parlent pas l’anglais comme première langue, serait extrêmement difficile à mettre en place. Selon elle, le territoire n’est peut-être pas prêt à une telle réforme et devrait avancer à son propre rythme.
Si le projet aboutit, le Territoire du Nord refermerait un chapitre entamé il y a plus de trois décennies, en rejoignant le reste de l’Australie dans la reconnaissance légale de l’aide médicale à mourir, tout en ravivant un débat profond sur la fin de vie, l’éthique médicale et le respect des réalités culturelles.