Boualem Sansal, gracié en novembre 2025 par le président algérien Abdelmadjid Tebboune après environ un an de détention, a déclaré samedi à Paris qu’il entendait engager une action en justice contre le chef de l’État algérien. L’écrivain franco-algérien participait à la Journée du livre politique, organisée à l’Assemblée nationale, où il était invité à une table ronde avec l’avocat Richard Malka sur le thème « Le livre politique, source d’engagement ».
Une menace judiciaire assumée publiquement
Devant le public, Boualem Sansal a raconté avoir averti Abdelmadjid Tebboune de ses intentions alors qu’il se trouvait encore en prison. « J’ai écrit (…) à Abdelmadjid Tebboune quand j’étais en prison (..), je lui ai dit (…) si vous me libérez, je vous attaque en justice. Et je vais attaquer monsieur Tebboune, parce que c’est lui qui m’a condamné », a-t-il déclaré, avant d’être interrompu par les applaudissements de la salle.
« Ils m’ont condamné à mort »
L’auteur de 81 ans a ensuite dénoncé la nature des charges qui avaient été retenues contre lui. « Ils m’ont condamné à mort, en me mettant dessus tous les trucs, terrorisme+, espionnage, attaque à la sûreté de l’État…», a-t-il affirmé. Boualem Sansal avait été condamné à cinq ans de prison en Algérie et détenu pendant près d’un an en raison de prises de position critiques sur son pays natal.
Une procédure internationale déjà engagée
Interrogé après son intervention, l’écrivain a précisé que « la procédure est lancée ». « Mon avocat a préparé un dossier pour saisir la justice internationale contre Abdelmadjid Tebboune », a-t-il ajouté, tout en expliquant qu’il préférait « attendre le bon moment ».
Le cas Christophe Gleizes pèse sur le calendrier
Boualem Sansal a lié cette prudence à la situation du journaliste sportif Christophe Gleizes, détenu en Algérie depuis mai 2024 et condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme ». L’écrivain a laissé entendre que ce contexte influait sur le moment choisi pour porter l’affaire plus avant sur le terrain judiciaire.
« Je vais aller jusqu’au bout »
Déterminé, Boualem Sansal a assuré : « Je vais aller jusqu’au bout ». Il a également estimé ne pas avoir bénéficié « d’un vrai procès, avec des avocats et des observateurs internationaux ». Par cette déclaration, l’écrivain relance publiquement une affaire devenue hautement sensible sur les plans judiciaire, diplomatique et politique.
Une affaire devenue un sujet de tension entre Alger et Paris
L’arrestation de Boualem Sansal, sa condamnation puis sa grâce ont suscité de nombreuses réactions dans les milieux intellectuels, diplomatiques et de défense des droits humains. Son cas a progressivement pris une dimension dépassant le seul cadre judiciaire, en nourrissant les tensions entre l’Algérie et la France.
La libération de l’écrivain avait finalement été actée en novembre 2025, dans le cadre d’une grâce présidentielle décidée par Abdelmadjid Tebboune après près d’un an d’incarcération. Cette décision avait marqué un tournant majeur dans un dossier suivi de près en France comme à l’étranger.