Disponible sur la plateforme Paramount+ (et Canal+ en France), Stans revient sur la carrière d’Eminem à travers un prisme peu exploré : celui de ses admirateurs les plus fidèles, dont la dévotion dépasse souvent la simple admiration. Réalisé par Steven Leckart et produit par le rappeur lui-même, ce documentaire propose une plongée singulière dans les liens entre une icône du rap et ceux qui ont fait de sa douleur un refuge.
Un portrait d’Eminem vu par ses fans
Le film s’ouvre sur une scène presque déroutante : un homme coiffé d’une casquette, silhouette familière, avance dans un studio. Est-ce Marshall Mathers ou un sosie ? D’emblée, Stans trouble la frontière entre l’artiste et ses fans, tant ces derniers l’imitent jusque dans sa coupe de cheveux, ses tatouages, son style vestimentaire. Au fil du documentaire, douze “stans” racontent à quel point la musique d’Eminem a marqué, et parfois sauvé, leur existence.
On découvre Nikki, Écossaise affichant 22 tatouages du rappeur et recordwoman selon le Guinness, Marshall, une personne trans pour qui les paroles du chanteur ont représenté un soutien vital, ou encore Alex, dont l’adolescence a été marquée par le harcèlement, et qui a trouvé un exutoire dans les textes de The Eminem Show. Ces récits, tirés de témoignages recueillis parmi les 9 000 candidatures envoyées à la production, forment un chœur vulnérable, souvent cabossé, qui voit en Eminem un miroir de leurs propres luttes.
Si le terme stan, issu du titre d’un morceau glaçant sorti en 2000, a fini par entrer dans l’Oxford English Dictionary en 2017 pour désigner un fan obsessionnel, ces “stans” racontent avant tout une identification viscérale. Selon France Télévisions, leur passion ne se limite pas à l’idolâtrie : elle devient parfois une forme de thérapie. Le film n’esquive pas non plus la dimension troublante de cette relation, à la limite du fusionnel. Pourtant, chacun d’eux semble conscient de cette ligne à ne pas franchir, notamment grâce au récit même de Stan, dont le destin tragique reste un avertissement.
Une star qui se livre sans filtre mais reste insaisissable
Au-delà de ces témoignages, Stans donne aussi la parole à Eminem, qui revient sur plusieurs épisodes clés de sa vie, sans détour. Il évoque la peur intense qu’il a ressentie en étant poursuivi par une foule alors qu’il se promenait avec sa fille dans un centre commercial. Il confie également que sa vie a basculé dès que MTV a diffusé le clip de My Name Is, lançant une notoriété qu’il ne contrôlait plus. Il raconte ses insomnies, l’addiction qui a suivi la mort brutale de son ami Proof, et son retour à la sobriété, documenté dans Recovery.
Selon France Télévisions, le documentaire montre un Eminem lucide sur l’ambiguïté de sa position. Star planétaire malgré lui, il admet que ses fans prennent parfois ses textes « trop au pied de la lettre ». Mais il assume cette proximité radicale avec son public, cultivée depuis ses débuts, en s’exposant comme « un livre ouvert ». Et s’il refuse de jouer au gourou, il reconnaît devoir sa survie à ceux qui l’écoutent : « Si vous n’existiez pas, je ne serais pas là aujourd’hui. Je vous dois la vie. »
Avec Stans, Eminem ne réécrit pas son histoire. Il la recontextualise à travers le regard de ceux qu’elle a bouleversés. Et rappelle, en creux, que ses chansons ne sont pas des slogans, mais des confessions – qui, chez certains, résonnent comme un cri de reconnaissance.