Le tribunal correctionnel de Nice a rendu son verdict lundi 27 avril. Le rappeur Freeze Corleone, de son vrai nom Issa Lorenzo Diakhaté, a été reconnu coupable d’apologie du terrorisme et condamné à quinze mois de prison avec sursis, 50 000 euros d’amende, ainsi qu’une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes pendant trois ans. Il devra également verser 2 800 euros de dommages et intérêts à chacune des parties civiles. Son avocat, Maître Adrien Chartron, a annoncé son intention de faire appel, dénonçant selon France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur une décision « qui relève plus de l’autoritaire, du discrétionnaire que du droit », au motif que la condamnation porte sur des mots qui n’ont pas été prononcés.
Une chanson aux rimes interrompues, une référence jugée explicite
L’affaire porte sur le morceau Haaland, un duo avec le rappeur allemand Luciano, extrait de l’album La Menace fantôme — qui avait enregistré 5,2 millions d’écoutes sur Spotify dans les vingt-quatre heures suivant sa sortie, selon le parquet. Dans ce titre, Freeze Corleone semble s’identifier à l’auteur de l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais à Nice, qui avait fait 86 morts et des centaines de blessés. Le nom de l’avenue n’est jamais prononcé, mais il est suggéré par la rime laissée en suspens : « J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la… » Dès le lendemain de la sortie du morceau, plusieurs élus niçois avaient exprimé leur indignation, et Jean-Claude Hubler, fondateur de l’association de victimes Life for Nice, s’était dit « horrifié ». Le parquet avait requis dix-huit mois de prison avec sursis. Lors de l’audience en février, le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, avait qualifié Freeze Corleone de « Dieudonné du rap français » en raison d' »un fond idéologique nauséabond et une volonté de provocation dans une logique mercantile », selon Le Monde. Le rappeur, lui, a choisi le silence tout au long de l’enquête et ne s’est présenté ni au procès ni au délibéré.
Un passé judiciaire chargé, un label qui l’avait lâché
Ce n’est pas la première fois que l’artiste de 33 ans se retrouve dans le viseur de la justice. En 2020, une enquête avait été ouverte pour « provocation à la haine raciale » après la diffusion de clips contenant des références à Adolf Hitler et à la Shoah. L’enquête avait été classée sans suite, mais Universal Music avait rompu son contrat avec lui, dénonçant des « propos racistes inacceptables ». Dans les semaines suivant l’ouverture de l’enquête niçoise début 2024, plusieurs de ses concerts avaient été interdits à travers la France.
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