Les groupes kurdes ont rejeté vendredi la demande du gouvernement syrien visant au retrait de leurs combattants de certains quartiers d’Alep, malgré les appels des États-Unis et d’autres puissances occidentales à mettre fin à plusieurs jours de combats intenses. De nouvelles frappes ont été signalées dans la ville, alors que la situation humanitaire continue de se dégrader.
Les violences à Alep mettent en lumière l’une des principales lignes de fracture en Syrie, alors que le pays tente de se reconstruire après plus d’une décennie de guerre. Les forces kurdes résistent aux efforts du gouvernement dirigé par le président Ahmed al-Charia, qui cherche à placer les combattants kurdes sous une autorité centralisée.
Selon des sources locales, au moins neuf civils ont été tués et plus de 140 000 personnes ont fui leurs foyers à Alep. Les forces kurdes contrôlent depuis le début du conflit plusieurs quartiers de la ville, notamment Sheikh Maksoud et Achrafiyah, qu’elles administrent par l’intermédiaire de conseils locaux.
Le ministère syrien de la Défense a annoncé dans la nuit un cessez-le-feu conditionné au retrait des forces kurdes vers le nord-est du pays, une exigence que les conseils kurdes ont qualifiée « d’appel à la reddition ». Ils ont affirmé vouloir défendre leurs quartiers et accusé les forces gouvernementales de bombardements intensifs visant des zones civiles.
Peu après, Damas a déclaré son intention de frapper des secteurs d’Alep qu’il accuse d’être utilisés par les Forces démocratiques syriennes (FDS) pour lancer des attaques. Les autorités kurdes ont affirmé qu’un hôpital figurait parmi les sites visés, une accusation contestée par le ministère syrien, qui a assuré qu’il s’agissait d’un dépôt d’armes.
Les FDS, force à dominante kurde soutenue de longue date par Washington, contrôlent une grande partie du nord-est syrien. Elles affirment avoir retiré leurs combattants d’Alep l’an dernier, laissant la sécurité locale à la police kurde Asayish. Un accord conclu avec Damas en mars prévoyait leur intégration au ministère syrien de la Défense d’ici fin 2025, mais peu d’avancées ont été enregistrées.
La France et les États-Unis disent œuvrer à une désescalade. Paris a indiqué que le président Emmanuel Macron avait exhorté les autorités syriennes à la retenue, tandis que Washington tente de prolonger un cessez-le-feu temporaire. Un diplomate occidental a indiqué que des garanties de sécurité pour les Kurdes faisaient partie des discussions.
La Turquie, qui considère les FDS comme liées au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), organisation interdite, a averti qu’elle pourrait intervenir militairement si les forces kurdes ne respectaient pas les accords d’intégration. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a exprimé l’espoir d’une normalisation rapide de la situation à Alep.
Malgré les assurances répétées du président syrien sur la protection des minorités, les conseils kurdes affirment ne pas faire confiance à Damas pour garantir la sécurité de leurs quartiers, estimant que les attaques actuelles visent à provoquer de nouveaux déplacements de population. Aucune des parties n’a communiqué de bilan précis concernant les pertes militaires liées aux affrontements récents.