Payer jusqu’à 70 000 dollars pour quitter l’Ukraine et échapper à la mobilisation militaire. Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, une Ukrainienne, Aleksa_vic, dénonce l’existence de filières clandestines qui permettraient aux hommes disposant de suffisamment d’argent de se soustraire à leur enrôlement et de quitter le pays. Elle détaille les sommes qui seraient réclamées aux différentes étapes du recrutement militaire, avant de s’en prendre ouvertement au gouvernement ukrainien et de dénoncer les inégalités entre ceux qui peuvent payer pour éviter le front et ceux qui risquent leur vie à la guerre.
« Tu peux payer entre 50 000 et 70 000 dollars pour être exfiltré d’Ukraine »
Face caméra, la jeune femme annonce d’emblée : « Un nouveau service en Ukraine. Tu payes entre 50 000 et 70 000 dollars et on te fait directement sortir du pays. » Selon elle, des sommes considérables seraient désormais réclamées pour permettre à des Ukrainiens de quitter clandestinement le territoire, alors que la mobilisation militaire continue d’alimenter les tensions dans le pays.
La jeune femme assure également que les tarifs seraient en constante augmentation. « Les prix augmentent chaque mois parce qu’il y a moins de personnes qui peuvent partir se battre et il y a moins de gens capables de payer cette somme. Parce que c’est énorme. Mais les gens comprennent que le danger augmente, alors ils sont prêts à payer encore plus pour y échapper. »
Ces déclarations font écho aux affaires de corruption liées à la mobilisation militaire en Ukraine, dans lesquelles des intermédiaires ont proposé de faux documents, des certificats médicaux frauduleux ou des passages clandestins de la frontière contre des milliers de dollars. Les sommes de 50 000 à 70 000 dollars avancées dans cette nouvelle vidéo restent toutefois des affirmations de son auteure et ne correspondent pas à un tarif officiellement établi.
10 000 dollars pour sortir d’un fourgon, 15 000 pour les centres de recrutement, 20 000 pour la commission médicale
La jeune femme détaille ensuite ce qu’elle décrit comme une véritable grille tarifaire permettant d’échapper aux différentes étapes de la mobilisation. « 10 000 dollars pour sortir du fourgon des agents de recrutement militaire. 15 000 pour obtenir une autorisation du TCK. 20 000 au stade de la commission médicale militaire. »
Le TCK, également désigné par le sigle TCC, correspond aux centres territoriaux de recrutement et de soutien social, chargés notamment de l’enregistrement des hommes mobilisables et de leur incorporation dans les forces armées ukrainiennes. Les commissions médicales militaires sont, quant à elles, chargées de déterminer leur aptitude au service. Les paiements évoqués par la jeune femme relèveraient de pratiques illégales et non de procédures administratives officielles.
La question des interpellations d’hommes en pleine rue et de leur transfert vers les centres de recrutement a déjà suscité de nombreuses controverses en Ukraine. Dans sa vidéo, l’Ukrainienne affirme que certains hommes pourraient payer pour être libérés après avoir été conduits dans les véhicules des agents de mobilisation.
Elle ajoute que cette dépense ne garantirait même pas d’échapper définitivement à l’enrôlement : « Et s’ils t’attrapent encore, tu vas payer le double. » Un homme qui aurait déjà versé une somme importante pourrait ainsi, selon elle, être contraint de payer à nouveau s’il était interpellé une seconde fois.
Jusqu’à 70 000 dollars pour quitter le pays, même après une interpellation
L’Ukrainienne décrit ensuite une prestation plus coûteuse, qui permettrait, selon ses affirmations, de quitter définitivement le territoire ukrainien. « Apparemment, un homme pourrait payer entre 50 000 et 70 000 dollars pour être exfiltré d’Ukraine, même s’il était déjà embarqué dans un fourgon par les agents de recrutement militaire. »
Ce montant engloberait donc, selon son témoignage, une intervention après une interpellation et l’organisation d’une sortie du territoire. Elle ne donne toutefois ni l’identité des personnes qui proposeraient ce service, ni les itinéraires empruntés, ni d’exemple précis d’une exfiltration réalisée pour cette somme.
Les enquêtes menées en Ukraine ont déjà permis de démanteler de multiples réseaux faisant payer des hommes pour échapper à la mobilisation. Certains proposaient de faux diagnostics médicaux, d’autres organisaient des emplois fictifs, des radiations frauduleuses des registres militaires ou des passages clandestins vers les pays voisins. Les montants révélés dans ces affaires varient considérablement selon les prestations proposées.
« On meurt déjà à cause de notre gouvernement aussi »
La jeune femme répond ensuite aux personnes qui lui reprocheraient, en dénonçant ces pratiques, de porter atteinte à l’image de l’Ukraine en pleine guerre contre la Russie. Sa réponse est particulièrement accusatrice : « Je lis des commentaires disant qu’avec cette information, je n’aide pas l’Ukraine. Mais on meurt déjà. On meurt déjà à cause de notre gouvernement aussi. »
Elle insiste sur le fait que les pratiques qu’elle évoque seraient connues et que les informations concernant ces réseaux seraient disponibles publiquement. « Et ce qui est incroyable, c’est que toutes ces informations sont accessibles dans des ressources publiques. Ce ne sont même pas des informations secrètes. »
La corruption est devenue l’un des sujets les plus sensibles de la vie politique ukrainienne. Les affaires touchant les institutions et les responsables du pays ont contribué à alimenter les critiques contre le pouvoir, tandis que la mobilisation militaire impose à des centaines de milliers de familles les conséquences directes du conflit.
« Certains commerces servent à blanchir de l’argent obtenu illégalement »
Dans la dernière partie de sa vidéo, l’Ukrainienne élargit ses accusations à la situation économique du pays. Elle dénonce le contraste entre les difficultés rencontrées par de nombreuses entreprises et le développement de commerces destinés aux populations les plus aisées : « Aujourd’hui, en Ukraine, le monde du business traverse une crise énorme. Des entreprises ferment leurs portes pour différentes raisons. Pendant ce temps, les commerces destinés aux riches grandissent et se multiplient. »
Elle dit soupçonner certains de ces établissements de servir à dissimuler l’origine de fonds illicites. « Et plus on observe cette situation, plus on a l’impression que certains de ces commerces servent à blanchir de l’argent obtenu illégalement. » La jeune femme ne désigne cependant aucune entreprise en particulier et ne présente aucun élément permettant d’établir des opérations précises de blanchiment.
Son témoignage se termine par une dénonciation des inégalités entre les Ukrainiens qui disposeraient des ressources nécessaires pour échapper à la mobilisation et ceux qui se retrouvent envoyés combattre. Elle conclut par ces mots : « Pendant que certains remplissent leurs poches, d’autres donnent leur vie. Et la question est : pourquoi, au juste ? »








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