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Tigres, jaguars et éléphants fuient la violence des cartels au Mexique

Tigres, jaguars et éléphants fuient la violence des cartels au Mexique
Tigres, jaguars et éléphants fuient la violence des cartels au Mexique

CULIACÁN, Mexique — Une scène surréaliste s’est déroulée mardi matin dans les rues de Culiacán, au nord du Mexique : une flotte de semi-remorques transportant des tigres, des lions, des éléphants, des jaguars et des singes a quitté discrètement la ville, sous la surveillance de vétérinaires et d’animaliers en larmes. Leur mission : sauver ces animaux d’un sanctuaire pris dans l’étau de la guerre que se livrent les factions rivales du cartel de Sinaloa.

Depuis des années, le sanctuaire Ostok recueillait à la périphérie de la ville des animaux exotiques — souvent anciens animaux de compagnie de narcotrafiquants ou bêtes abandonnées de cirques. Mais depuis l’enlèvement en 2023 d’un chef de cartel par l’un des fils de Joaquín « El Chapo » Guzmán, la région est en proie à une flambée de violences meurtrières entre groupes rivaux, mettant en péril la vie des 700 pensionnaires du refuge.

« Nous n’avons jamais vu une violence aussi extrême », déplore Ernesto Zazueta, président du sanctuaire. « Nous sommes inquiets pour ces animaux qui étaient censés avoir trouvé ici un avenir meilleur. »

Dans une opération logistique de grande ampleur, les soigneurs ont chargé les animaux dans des caisses métalliques, tentant de les apaiser malgré la tension ambiante. Escortés jusqu’à Mazatlán, en bord de mer, les camions arboraient des drapeaux blancs en signe de paix, alors que des hommes cagoulés les observaient en silence depuis des motos, image saisissante du climat d’insécurité.

Le sanctuaire, situé près de Jesús María — bastion du groupe « Los Chapitos » — a été plusieurs fois encerclé par les combats. Tirs d’armes lourdes, survols d’hélicoptères et routes bloquées ont empêché les équipes d’accéder au site, provoquant la mort de plusieurs animaux et de graves carences pour d’autres. « Certains commencent à perdre leur pelage, deux sont morts de stress », précise Zazueta.

Beaucoup de ces bêtes sont d’anciens « animaux de narcos », abandonnés dans la nature. Diego García, membre du sanctuaire, raconte avoir reçu des menaces anonymes. « Ils disent qu’ils savent où j’habite », confie-t-il. Le refuge a aussi été la cible d’extorsions : « On nous a promis qu’ils viendraient tout brûler si on ne payait pas. »

Culiacán, jadis relativement épargnée par la violence, est aujourd’hui une ville fantôme la nuit, théâtre quotidien de fusillades, d’enlèvements, et de maisons criblées de balles. Lundi soir encore, une mère hurlait son désespoir devant le cadavre de son fils, abattu sur le bord de la route. « Pourquoi la police ne fait-elle rien ? », criait-elle.

En mars, l’un des deux éléphants du sanctuaire, Bireki, s’est blessé à la patte. Impossible de faire venir un vétérinaire : aucun ne voulait braver la route jusqu’à Culiacán. « C’est là qu’on a compris : on devait partir, sinon personne ne pourrait jamais les soigner », explique Zazueta.

Le convoi est arrivé mardi soir à Mazatlán, où les animaux ont été accueillis dans un autre refuge. Mais l’équipe reste sur ses gardes. « Mazatlán est plus stable », reconnaît García, « mais ici, c’est devenu irrespirable ».

Dans la lumière du crépuscule, familles et journalistes se pressaient autour des camions, apercevant les silhouettes des grands fauves, apaisés, entamant peut-être un nouveau chapitre loin de la guerre.

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