Cinq ans après le coup d’État militaire du 1er février 2021, la répression menée par la junte au Myanmar continue de frapper durement la jeunesse qui s’était mobilisée pour la démocratie.
Selon des données inédites de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques (AAPP), au moins 74 prisonniers politiques âgés de 18 à 35 ans sont morts en détention depuis le putsch. Le Réseau des prisonniers politiques du Myanmar (PPNM) fait état d’un bilan encore plus lourd, avec 273 personnes décédées en prison après avoir été inculpées notamment pour incitation à la violence ou insurrection.
Ces jeunes appartenaient à la première génération à avoir atteint l’âge adulte dans un Myanmar partiellement démocratique, avant que l’armée ne reprenne le pouvoir. Étudiants, syndicalistes ou simples manifestants, beaucoup ont été arrêtés lors des grandes mobilisations de 2021. Certains ont ensuite pris les armes, d’autres ont fui le pays, tandis que des milliers ont été incarcérés.
Le cas de Wutt Yee Aung, étudiante et militante syndicale, illustre le sort de nombreux détenus. Arrêtée en 2021 et condamnée à sept ans de prison, elle est morte en détention en juillet 2025 à l’âge de 25 ans. Les autorités ont évoqué une maladie cardiaque, mais ses proches et des organisations étudiantes dénoncent un manque de soins médicaux et de possibles sévices subis lors des interrogatoires.
Un autre étudiant, Khant Linn Naing, arrêté à 19 ans, a trouvé la mort en 2023. Les autorités pénitentiaires ont affirmé qu’il avait été abattu lors d’une tentative d’évasion pendant un transfert. Sa famille conteste cette version et affirme ne jamais avoir pu voir son corps.
Des enquêteurs de l’ONU ont déjà dénoncé des actes de torture systématiques, des meurtres et de graves abus dans les centres de détention du pays. La junte nie régulièrement ces accusations, les qualifiant d’« infondées ».
L’ONU estime que la jeunesse est touchée de manière disproportionnée par la répression, la conscription forcée et les déplacements massifs. Selon le Programme des Nations unies pour le développement, 300 000 à 500 000 jeunes ont fui le Myanmar depuis le coup d’État.
Malgré les protestations, les pertes humaines et l’exode massif, les généraux restent solidement installés au pouvoir, poursuivant une stratégie de répression qui a brisé les espoirs d’une génération entière.