L’Ukraine a mené samedi une frappe de drones contre un site industriel situé en profondeur sur le territoire russe, dans la république d’Oudmourtie. Selon les autorités locales russes, l’attaque a fait 11 blessés, dont trois ont été hospitalisés. Le ministre régional de la Santé, Sergueï Bagin, a confirmé le bilan sur Telegram, tandis que le chef de la région, Alexandre Bretchalov, a évoqué une attaque de drones lancés par l’Ukraine contre « une installation de la république », sans en préciser la nature.
Une chaîne russe non officielle sur Telegram, Astra, affirme que la cible était l’usine de construction mécanique de Votkinsk, une importante entreprise publique du secteur de la défense. Cette information, fondée selon elle sur l’analyse d’images diffusées par des habitants, n’a pas été confirmée officiellement. Les autorités ukrainiennes n’ont pas immédiatement commenté. L’usine de Votkinsk, située à plus de 1 400 kilomètres de l’Ukraine, produit notamment des missiles balistiques Iskander, fréquemment utilisés dans les frappes contre l’Ukraine, ainsi que des missiles balistiques intercontinentaux capables d’emporter une charge nucléaire.
D’autres canaux russes ont publié des vidéos et des photographies montrant une épaisse fumée noire s’élevant d’un site industriel et des vitres soufflées dans des bâtiments. La chaîne SHOT, également non officielle et réputée proche des services de sécurité, rapporte que des habitants ont entendu au moins trois explosions durant la nuit ainsi que le bourdonnement de drones. Les opérations ont été temporairement suspendues à l’aéroport principal d’Ijevsk, capitale de l’Oudmourtie, ainsi que dans d’autres aéroports régionaux, selon l’agence fédérale de l’aviation civile Rosaviatsia.
Cette attaque intervient quelques jours après un nouveau cycle de négociations indirectes entre Moscou et Kiev, organisé par les États-Unis en Suisse, qui s’est conclu mercredi sans avancée notable, à l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie. Ces discussions faisaient suite à deux réunions précédentes à Abou Dhabi, décrites comme constructives mais sans percée majeure. Les attentes pour une avancée significative à Genève étaient jugées faibles.
Dans la nuit de vendredi à samedi, la Russie a de son côté lancé 120 drones et un missile balistique contre l’Ukraine, selon l’armée de l’air ukrainienne. Les forces ukrainiennes affirment avoir abattu 106 drones, tandis que le missile et 13 drones ont atteint des cibles dans 11 localités. Dans la région d’Odessa, sur la mer Noire, des infrastructures civiles et énergétiques, dont un établissement scolaire et des entrepôts d’une compagnie d’énergie, ont été endommagées, selon le gouverneur Oleh Kiper, qui fait également état de deux blessés. Le président Volodymyr Zelenskyy a récemment déclaré que des dizaines de milliers d’habitants d’Odessa avaient été privés de chauffage et d’eau courante, appelant à ce que Moscou soit « tenue pour responsable » de ces frappes répétées.
Parallèlement, le FSB, service fédéral de sécurité russe, a affirmé que l’Ukraine exploitait des données issues de l’application Telegram à des fins militaires, mettant en danger les soldats russes au front. Citant des « rapports fiables », sans fournir d’exemples précis, le FSB estime que l’usage de Telegram aurait « à plusieurs reprises » menacé la vie de militaires ces trois derniers mois. Dans le même temps, le président Vladimir Poutine a signé une loi obligeant les opérateurs à bloquer les services internet fixes et mobiles à la demande du FSB, une nouvelle étape dans le renforcement du contrôle du Kremlin sur l’espace numérique, déjà marqué par le blocage de plusieurs grandes plateformes occidentales depuis 2022.