Le signal est inédit. Alors que le programme de système de combat aérien du futur, dit Scaf, est enlisé depuis des mois dans des tensions industrielles, Airbus a publiquement ouvert la porte à une solution comprenant deux avions de combat distincts. Une hypothèse qui, jusqu’ici, n’avait pas été assumée au niveau industriel.
Lors d’une conférence de presse à Toulouse, le directeur général d’Airbus, Guillaume Faury, a indiqué que si les États partenaires l’exigeaient, le groupe soutiendrait une solution à deux volets et s’engagerait à y jouer un rôle de premier plan. Airbus représente l’Allemagne et l’Espagne dans ce programme, conçu comme le futur pilier de la défense aérienne européenne aux côtés de la France.
Le Scaf devait initialement reposer sur un avion de combat de nouvelle génération développé conjointement, accompagné de drones et d’un système de combat connecté. Le projet est cependant bloqué par des divergences persistantes entre Airbus et Dassault Aviation, maître d’œuvre du futur chasseur côté français.
Un projet emblématique sous pression politique
L’éventualité de deux appareils distincts reviendrait à acter une fragmentation du programme, perçue comme un revers pour l’ambition d’une coopération industrielle et stratégique européenne renforcée. Les arbitrages politiques, attendus initialement en décembre, sont désormais espérés d’ici la fin du mois.
Le chancelier allemand Friedrich Merz a récemment exprimé des doutes sur les perspectives du programme, soulignant les tensions persistantes entre partenaires industriels. De son côté, l’Espagne a réaffirmé son engagement dans le projet. L’Élysée a fait savoir que le président français restait attaché au succès du Scaf et jugeait difficilement compréhensible que les divergences ne puissent être surmontées dans un contexte où l’Europe cherche à afficher unité et performance en matière de défense.
Le Scaf représente bien plus qu’un simple avion. Il incarne la volonté des principales puissances européennes de mutualiser leurs capacités industrielles et militaires face aux enjeux géopolitiques croissants. L’hypothèse de deux modèles différents souligne la profondeur des désaccords actuels et place désormais la décision finale dans le camp des dirigeants politiques.