John Galliano ne sera finalement pas à l’honneur au Metropolitan Museum of Art de New York en 2027. Le créateur britannique a annoncé lundi 31 août qu’il renonçait à John Galliano: Horizons, l’exposition que le Costume Institute devait consacrer à ses quatre décennies de carrière. Depuis l’annonce du projet, fin juillet, les anciennes déclarations antisémites et racistes du couturier avaient provoqué une vive contestation parmi des responsables politiques new-yorkais, des représentants de la communauté juive et certains donateurs du musée. Le Met a confirmé que l’exposition n’aurait pas lieu.
John Galliano retire lui-même son exposition
Dans un long message, le styliste de 65 ans a expliqué avoir pris sa décision après plusieurs discussions avec la direction du musée et les personnes associées au projet. « Après mûre réflexion et après en avoir discuté avec le Met et toutes les personnes concernées, j’ai décidé, avec une grande tristesse, qu’il était préférable que l’exposition n’ait pas lieu pour le moment. »
John Galliano a également reconnu une nouvelle fois la gravité de ses déclarations passées. « Je continue d’assumer pleinement la responsabilité de la douleur causée par mes propos dans le passé, et en particulier du mal que j’ai fait aux communautés juive et asiatique, et je le regrette profondément. » Il a ajouté que la réparation ne pouvait pas reposer sur une exposition, une reconnaissance institutionnelle ou un geste public ponctuel, mais devait se mesurer dans la durée à travers les actes, l’écoute et l’apprentissage.
Le créateur a précisé qu’il ne souhaitait pas que la polémique place le Metropolitan Museum dans une position difficile ou détourne l’attention du travail du Costume Institute. Il a également reconnu qu’une exposition célébrant son œuvre pouvait être douloureuse pour certaines personnes.
Une rétrospective exceptionnelle prévue pendant neuf mois
John Galliano: Horizons devait ouvrir au public le 9 mai 2027 et rester visible jusqu’au 9 janvier 2028. Le projet devait retracer l’ensemble du parcours du couturier, depuis sa collection de fin d’études à Central Saint Martins en 1984 jusqu’à son travail pour Givenchy, Christian Dior, sa propre marque et Maison Margiela.
Vêtements, accessoires, croquis, prototypes, carnets de recherches et documents d’archives devaient composer cette importante rétrospective. Le Met entendait également consacrer une partie de l’exposition aux scandales qui avaient bouleversé la carrière de Galliano en 2010 et 2011, en confrontant son œuvre à la question de sa responsabilité personnelle. (
L’exposition devait accompagner le Met Gala 2027, l’un des rendez-vous les plus médiatisés de la planète mode. Le gala annuel permet notamment de financer le Costume Institute. L’édition 2026 avait notamment vu Beyoncé retrouver le Met Gala dix ans après sa précédente apparition.
Ses propos de 2011 ont refait surface
La polémique a directement ramené John Galliano à l’épisode qui avait provoqué sa chute chez Dior. En février 2011, une vidéo tournée dans un bar parisien avait montré le couturier, alors en état d’ébriété, tenant des propos antisémites et faisant notamment l’éloge d’Hitler. D’autres injures racistes et antisémites lui avaient également été reprochées lors de plusieurs altercations.
Christian Dior l’avait licencié de son poste de directeur artistique, qu’il occupait depuis 1996. En septembre 2011, le tribunal correctionnel de Paris l’avait condamné à 6 000 euros d’amende avec sursis pour injures publiques dans deux affaires.
Après plusieurs années loin du premier plan, Galliano avait progressivement retrouvé une place dans l’industrie. Il avait pris la direction artistique de Maison Margiela en 2014 et y était resté dix ans, jusqu’à son départ annoncé en décembre 2024. Plus récemment, il avait signé une collaboration de deux ans avec Zara, avec de premières créations attendues à partir de septembre 2026.
Des élus et des donateurs ont contesté l’hommage
L’annonce de la rétrospective avait rapidement suscité des protestations à New York. Julie Menin, présidente du conseil municipal et fille d’une survivante de la Shoah, avait publiquement demandé au Met de revenir sur son choix. Elle avait qualifié la décision d’honorer Galliano de « grave erreur », estimant qu’un tel hommage était particulièrement problématique alors que les actes antisémites restaient à un niveau élevé.
Des responsables d’organisations juives et plusieurs personnalités liées au musée avaient également exprimé leurs réserves. Certains reconnaissaient les excuses et le travail effectué par Galliano depuis quinze ans, tout en considérant qu’une rétrospective individuelle organisée par une institution aussi prestigieuse dépassait la simple présentation historique de son œuvre.
Le caractère exceptionnel de l’hommage avait accentué les critiques : John Galliano aurait été seulement le troisième créateur vivant à bénéficier d’une exposition monographique au Met, après Yves Saint Laurent en 1983 et Rei Kawakubo en 2017.
Anna Wintour soutient sa décision
Anna Wintour, administratrice du Met et figure centrale du Met Gala, a soutenu le retrait du couturier. « La décision de John de ne pas donner suite pour le moment à l’exposition consacrée à son travail est très courageuse et témoigne de l’homme qu’il est. Je pense que c’est la bonne décision. »
Andrew Bolton, conservateur en chef du Costume Institute, a lui aussi validé l’abandon du projet, tout en rappelant la responsabilité des musées lorsqu’ils abordent des histoires difficiles. « Je reconnais également la douleur et l’inquiétude que cette exposition a suscitées. Après de longues discussions, je soutiens la décision de ne pas poursuivre le projet. »
Le Metropolitan Museum doit désormais revoir entièrement sa programmation du printemps 2027. Le musée a indiqué qu’une nouvelle exposition du Costume Institute ainsi que les détails du prochain Met Gala seraient annoncés ultérieurement.

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