Les déclarations d’Éric Zemmour sur les violences qui ont secoué la France samedi 17 octobre ont déclenché une nouvelle polémique. Invité de Darius Rochebin sur LCI, le président de Reconquête a directement associé les émeutes et les pillages à l’immigration, évoquant «une horde de barbares maghrébins et africains» et présentant les événements comme la manifestation du «grand remplacement». Ses propos ont entraîné plusieurs signalements auprès de l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom), notamment de la part du collectif Sleeping Giants, qui dénonce des déclarations racistes.
Zemmour réagissait notamment à l’incendie de l’hôtel de ville de Limoges, ravagé par les flammes au cours des violences du 17 octobre. Face aux images diffusées à l’antenne, Éric Zemmour a développé son interprétation des événements, mettant en cause les populations issues de l’immigration, les militants antifascistes et les députés de La France insoumise.
Éric Zemmour dénonce «le véritable visage du grand remplacement»
Interrogé sur les violences urbaines et les attaques contre plusieurs bâtiments publics, Éric Zemmour a déclaré : «Je crois que ce que nous avons vu hier, c’est le véritable visage du grand remplacement.»
Le président de Reconquête a ensuite détaillé son accusation : «Il a une apparence : une horde de barbares maghrébins et africains qui rentrent dans les villes. Il a des drapeaux palestiniens, algériens, marocains. Il a des alliés avec les milices antifa, une vitrine légale avec les députés LFI et un mode opératoire avec les pillages.»
Poursuivant son raisonnement, il a affirmé : «Il a un moteur idéologique historique : la haine de la France et la revanche de la colonisation.» Des déclarations par lesquelles Éric Zemmour attribue aux violences une motivation ethnique, politique et historique, sans apporter d’éléments établissant l’origine des personnes impliquées dans les différents incidents.
Darius Rochebin contredit Éric Zemmour en direct
Face à ces accusations, Darius Rochebin a opposé à son invité le témoignage d’un député présent sur les lieux des violences. Celui-ci avait indiqué avoir observé des participants «de toutes les couleurs de peau», une description qui ne correspondait pas à la présentation faite par Éric Zemmour.
Le journaliste a également rappelé : «Il faut rappeler aussi que le grand remplacement est une théorie très contestée.» Éric Zemmour l’a interrompu pour soutenir qu’il s’agissait d’un «fait», réaffirmant ainsi une thèse qu’il défend depuis plusieurs années et qui occupe une place centrale dans son discours politique.
La notion de «grand remplacement», popularisée par l’écrivain Renaud Camus, repose sur l’idée d’une substitution progressive de la population française par des populations immigrées. Cette théorie, particulièrement présente dans les discours de l’extrême droite identitaire, ne constitue pas un phénomène démographique scientifiquement établi.
Deux signalements auprès de l’Arcom, notamment pour les propos sur la «remigration»
Les déclarations du président de Reconquête ont rapidement suscité des réactions. Le collectif Sleeping Giants a annoncé avoir saisi l’Arcom, dénonçant des «propos racistes sans contradiction réelle» et la diffusion du concept de «grand remplacement», qu’il qualifie de «mortifère».
L’organisation a effectué un second signalement après de nouvelles déclarations d’Éric Zemmour concernant la «remigration», un projet politique qui prévoit le départ de certaines populations immigrées ou issues de l’immigration.
Selon Sleeping Giants, cette notion repose sur «un concept ethno-racial considérant que les personnes issues de l’immigration ne peuvent pas appartenir légitimement à la France et ce même après plusieurs générations». D’autres téléspectateurs ont également signalé les propos tenus sur LCI, estimant qu’ils présentaient un caractère raciste.
LCI pourrait-elle être sanctionnée ?
La saisine de l’Arcom ne signifie pas qu’une infraction a été constatée ni qu’une sanction sera automatiquement prononcée. L’autorité de régulation peut examiner les propos diffusés, les conditions de leur diffusion et les interventions du journaliste chargé de conduire l’entretien.
Les chaînes de télévision sont soumises à des obligations en matière de lutte contre l’incitation à la haine et à la discrimination. L’Arcom peut notamment apprécier si un programme a respecté ces obligations et si les interventions du présentateur ont permis de contextualiser ou de contredire les déclarations litigieuses.
Dans le cas présent, Darius Rochebin a explicitement contesté la présentation des violences par Éric Zemmour et rappelé le caractère controversé de la théorie du «grand remplacement». Ces interventions pourront être prises en compte dans l’examen éventuel du dossier.
À ce stade, aucune sanction de l’Arcom contre LCI n’a été annoncée à la suite de cette émission.
Après les émeutes du 17 octobre, Éric Zemmour réclame la «remigration»
Cette polémique accompagne une nouvelle offensive politique d’Éric Zemmour sur l’immigration et la sécurité. Lors d’une autre intervention télévisée, dimanche 18 octobre sur CNews, le président de Reconquête a affirmé : «Il n’y aura pas de retour à la paix sociale sans la remigration.»
Il a précisé sa position en déclarant : «Le sujet le plus important, et je suis le seul à le réclamer, c’est la remigration, c’est-à-dire le départ de ces gens-là après déchéance de nationalité.» Il a également réclamé le rétablissement des peines planchers et de l’ancienne loi anticasseurs de 1970, abrogée en 1981.
Ces prises de position font suite aux violences du 17 octobre, qui ont été marquées par des pillages, des affrontements avec les forces de l’ordre et des attaques contre plusieurs bâtiments publics. À Limoges, l’incendie de l’hôtel de ville a notamment entraîné d’importantes destructions et perturbé le fonctionnement des services municipaux.
Pour Éric Zemmour, ces événements justifient un durcissement radical des politiques migratoires et sécuritaires. Pour les auteurs des signalements, ses déclarations ont franchi les limites de la liberté d’expression à la télévision. L’Arcom devra déterminer si les propos diffusés sur LCI justifient une intervention du régulateur.

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