Il croyait promener le chien ; il a rapatrié une pépite gourmande. En lisière de Viremont, sur les pentes calmes de la Petite Montagne, Pierre Trouillet aperçoit une excroissance beige qui dépasse la mousse. Il s’accroupit : sous les aiguilles humides, une morille charnue, grosse comme une petite poire, 15 cm de haut pour 160 g. Le septuagénaire, qui collectionne plutôt les girolles par habitude, n’avait jamais tenu pareille ogive dans sa main. Sa fille filme, sa belle-fille – cueilleuse aguerrie – lui conseille d’acheter un ticket de loto avant que la chance ne s’évapore.
Une trouvaille qui dépasse la cueillette habituelle
Le trio remonte jusqu’à la voiture en prenant mille précautions : la morille géante se fendille au moindre choc. Une fois posée sur la balance de cuisine, le verdict tombe : 160 g, l’équivalent d’une douzaine de chapeaux ordinaires. Le spécimen finit photographié sous toutes les coutures, expédié sur les groupes Facebook de mycologues, puis tranché finement pour une poêlée au beurre et persil. « Le parfum couvrait toute la maison », sourit Pierre, qui avoue avoir mangé sa première morille… la plus grosse de sa vie.
Records, légendes et zone encore secrète
Dans le Jura, les vieux du village parlent d’un « printemps à morilles » dès que la neige fond en dentelle et que les sols se réchauffent vite. Les plus spectaculaires dépassent rarement 12 cm ; celle de Pierre tutoie donc les palmarès nationaux. De quoi attirer les chasseurs de trophées ? Pas question de révéler l’emplacement exact : « Je garde le spot pour l’an prochain », glisse le cueilleur chanceux. Après tout, un trésor pareil n’apparaît pas deux fois de suite au même endroit… à moins qu’il ne faille vraiment tenter ce fameux billet gagnant.