Moody’s abaisse la note de crédit des États-Unis, la dette record inquiète les marchés
Moody’s abaisse la note de crédit des États-Unis, la dette record inquiète les marchés

NEW YORK — L’agence de notation Moody’s a abaissé vendredi la note souveraine des États-Unis d’un cran, passant de « Aaa » à « Aa1 », invoquant la montée alarmante de la dette publique américaine, désormais estimée à 36 000 milliards de dollars. Cette décision, survenue après la clôture des marchés, reflète des inquiétudes croissantes sur la soutenabilité budgétaire à long terme, alors que l’administration Trump poursuit ses projets de réduction d’impôts sans parvenir à freiner les déficits.

C’est la première fois depuis 1919, année où Moody’s avait attribué la note maximale aux États-Unis, que l’agence prend une telle mesure. Elle rejoint ainsi les deux autres grandes agences de notation — Fitch et Standard & Poor’s — qui avaient déjà rétrogradé la dette américaine lors de crises budgétaires précédentes.

Dans son communiqué, Moody’s a pointé l’échec répété des administrations américaines successives et du Congrès à adopter des mesures crédibles pour maîtriser les déficits chroniques et les coûts croissants de la dette. L’agence a toutefois modifié la perspective de la note de « négative » à « stable », indiquant qu’elle n’envisage pas de nouvelle baisse à court terme, mais qu’elle reste préoccupée par l’orientation budgétaire du pays.

La réaction dans les milieux politiques n’a pas tardé. Stephen Moore, ancien conseiller économique de Donald Trump, a qualifié la décision de Moody’s de « scandaleuse », remettant en question la crédibilité d’un système dans lequel « une obligation d’État américaine n’est pas triple A ». À la Maison Blanche, le directeur de la communication Steven Cheung a attaqué publiquement Mark Zandi, économiste en chef de Moody’s Analytics, le qualifiant d’ennemi politique — bien que cette entité soit juridiquement distincte de l’agence de notation.

Depuis son retour à la Maison Blanche en janvier, Donald Trump affirme vouloir équilibrer le budget. Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, promet régulièrement une réduction du coût du financement public. Pourtant, leurs efforts, notamment à travers des projets de rationalisation pilotés par Elon Musk ou de nouvelles taxes douanières, n’ont pas convaincu les marchés.

L’abaissement de la note est survenu le jour même où un projet de loi visant à prolonger les baisses d’impôts de 2017 a échoué au Congrès, bloqué par l’aile radicale républicaine exigeant des coupes budgétaires plus sévères. Moody’s juge que les propositions actuelles ne permettront pas de réduire durablement les déficits. Elle estime que la dette atteindra 134 % du PIB d’ici 2035, contre 98 % en 2024.

La nouvelle a immédiatement eu un effet sur les marchés obligataires : les rendements des bons du Trésor ont grimpé, signalant une baisse de confiance des investisseurs. Selon Darrell Duffie, professeur à Stanford et ancien membre du conseil de Moody’s, « le Congrès va devoir choisir entre augmenter les recettes ou couper dans les dépenses ».

Pour Chuck Schumer, chef de file des démocrates au Sénat, cette décision « doit être un signal d’alarme pour Trump et les républicains », qu’il accuse de poursuivre une politique « de cadeaux fiscaux irresponsables ». Mais peu d’analystes s’attendent à un changement de cap majeur à court terme.

Au-delà des enjeux budgétaires, les tensions commerciales et les incertitudes sur la politique économique de Trump pèsent également sur les marchés. La multiplication récente des tarifs douaniers inquiète les investisseurs, qui redoutent un retour de l’inflation et un ralentissement brutal de l’économie mondiale.

Pour Spencer Hakimian, directeur général du fonds spéculatif Tolou Capital, « cette dégradation est le reflet d’une longue dérive budgétaire américaine ». Il prévient que les coûts d’emprunt, pour le gouvernement comme pour les entreprises, risquent de continuer à augmenter.

Dans un contexte économique déjà fragile, cette annonce de Moody’s vient fragiliser encore un peu plus la position des États-Unis sur les marchés internationaux. La pression monte désormais sur Washington pour qu’il présente un plan budgétaire crédible capable de rassurer les investisseurs et d’éviter une nouvelle crise de confiance.

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