La Chine suspend ses investissements à Wall Street en réponse à la guerre commerciale de Donald Trump
La Chine suspend ses investissements à Wall Street en réponse à la guerre commerciale de Donald Trump

Les fonds d’investissement chinois soutenus par l’État ont interrompu leurs nouveaux investissements dans les fonds de capital-investissement américains, selon des informations relayées par le Financial Times, en réaction à la guerre commerciale menée par le président Donald Trump.

Sept dirigeants de sociétés de capital-investissement ont confirmé que ces fonds s’étaient récemment retirés des investissements dans les sociétés américaines. Trois d’entre eux ont précisé que cette décision faisait suite à des pressions exercées par le gouvernement chinois.

Certains responsables ont également indiqué que certains fonds chinois cherchaient à se désengager totalement des investissements dans les entreprises américaines, même si ces investissements étaient effectués par des groupes d’acquisition basés ailleurs.

Ce changement d’approche intervient alors que la Chine subit de plein fouet les droits de douane américains annoncés ces trois dernières semaines, menaçant de réduire considérablement les échanges commerciaux entre les deux plus grandes économies mondiales.

Trump a imposé de nouveaux droits de douane pouvant atteindre 145  % sur les exportations chinoises, et Pékin a riposté avec des droits de 125  %. De nombreux responsables du secteur affirment que les investisseurs chinois ne prendront plus d’engagements envers les fonds américains et renoncent même à certaines allocations prévues avant la signature finale.

Selon deux sources bien informées, la China Investment Corporation fait partie des fonds publics qui se retirent.

Au cours des dernières décennies, les fonds souverains chinois ont injecté des milliards de dollars dans de grands groupes de capital-investissement américains tels que Blackstone, TPG et le groupe Carlyle.

Chute des achats de produits américains

Parallèlement, Bloomberg a rapporté que la Chine avait fortement réduit ses importations de plusieurs produits américains en mars, certaines étant tombées à zéro.

Les achats de gaz naturel liquéfié et de blé ont été les plus touchés. En 2023, les États-Unis représentaient 17  % des importations chinoises de blé et 5  % du GNL. En février, la Chine a imposé des droits de douane allant de 10 à 15  % sur les produits énergétiques américains, suivis de taxes similaires sur les produits agricoles en mars.

Les importations d’autres produits agricoles ont aussi chuté en mars  : celles de coton américain ont diminué de 90  %, tombant à un peu plus de 14 000 tonnes, tandis que les importations de maïs sont passées sous la barre des 800 tonnes, leur plus bas niveau depuis février 2020.

Seul le soja a échappé à cette tendance  : les importations ont augmenté de 12  %, atteignant 2,44 millions de tonnes, la Chine profitant des disponibilités avant l’arrivée des récoltes sud-américaines.

Par ailleurs, les achats de gaz de pétrole liquéfié (utilisé en pétrochimie) ont chuté de 36  % à 1,02 million de tonnes, et ceux de charbon pour la sidérurgie ont reculé de 62  % à 208 000 tonnes. Les importations de pétrole brut, elles, ont bondi de 25  % à 542 000 tonnes, bien que les États-Unis ne figurent toujours pas parmi les dix premiers fournisseurs.

Concernant les métaux, même s’ils n’étaient pas directement visés par les nouvelles taxes chinoises, les prix du cuivre américain ont grimpé suite à la menace de Trump d’imposer de nouveaux droits. Cela a entraîné une baisse des importations chinoises de déchets de cuivre américains de plus de moitié, à un peu plus de 22 000 tonnes, tandis que les concentrés ont chuté de 38  % à environ 19 000 tonnes.

Avertissement de Pékin

La Chine a accusé Washington d’abuser des droits de douane et a mis en garde les pays contre la signature d’accords économiques larges avec les États-Unis à ses dépens, durcissant le ton au milieu d’un conflit commercial de plus en plus tendu.

Le ministère chinois du Commerce a affirmé que Pékin s’opposerait fermement à toute partie concluant un accord au détriment de la Chine et prendrait des « contre-mesures fermes ».

Cette déclaration faisait suite à un rapport de Bloomberg affirmant que l’administration Trump prévoyait de faire pression sur des pays sollicitant des exemptions douanières américaines pour réduire leur commerce avec la Chine, y compris en recourant à des sanctions financières.

Le ministère chinois a assuré que la Chine était résolue et capable de défendre ses droits et ses intérêts, et prête à renforcer la solidarité avec toutes les parties concernées.

Par ailleurs, Pékin prévoit cette semaine une réunion informelle du Conseil de sécurité des Nations Unies pour accuser Washington d’intimidation et de « saper les efforts mondiaux pour la paix et le développement » en utilisant les droits de douane comme arme.

Début avril, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, avait déclaré que près de 50 pays l’avaient contacté pour discuter des surtaxes imposées par Donald Trump.

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