L’œuvre phare de Giacometti n’a pas trouvé preneur. Le tableau électrique de Warhol a été retiré de la vente. Le marché de l’art moderne et contemporain continue de tanguer, et pas seulement à la marge. Sotheby’s, en mai, n’a récolté que 186 millions de dollars, soit 20 % de moins qu’en 2024. Une baisse brutale, dans la droite ligne d’un essoufflement enclenché dès 2023, amplifié l’an dernier par une chute de 25 % des ventes aux enchères. Ce recul affecte les artistes les plus cotés. « Grande tête mince » de Giacometti, proposée à 70 millions de dollars, n’a trouvé aucun amateur. Une estimation « ambitieuse », selon Thomas Seydoux, courtier en art moderne, qui rappelle que d’autres fontes similaires s’étaient échangées à 50 ou 53 millions par le passé. Même scénario chez Christie’s : la célèbre chaise électrique de Warhol, attendue à 30 millions, a été retirée avant la fin. Le marché n’a pas suivi.
Entre recul des prix et envolées ciblées
L’impact se fait aussi sentir sur les stars d’hier. Kerry James Marshall, autrefois emblématique de l’essor afro-américain, a vu une de ses toiles passer de 5,5 à 3,8 millions en cinq ans. Rashid Johnson, lui, a enregistré un -72 % sur l’un de ses tableaux chez Phillips. Mais tout n’est pas morose. Une autre œuvre du même artiste a triplé son estimation chez Sotheby’s, preuve que la cote varie selon les pièces. Les femmes artistes tirent leur épingle du jeu. Marlene Dumas a électrisé les enchères avec « Miss January », adjugé à 13,6 millions. Danielle McKinney a vu l’une de ses œuvres s’envoler à 208 000 dollars, loin des 70 000 annoncés. Magritte a confirmé sa solidité : un tableau de « L’Empire des lumières », acheté deux ans plus tôt, a été revendu au même prix, 34,9 millions.
Tous les artistes ne sont pas logés à la même enseigne
Arnaud Dubois, cofondateur de la plateforme d’investissement Matis, nuance : « Ce n’est pas tout le marché qui baisse ». Le segment des œuvres comprises entre 500 000 et 5 millions serait même jugé stable. Calder et Albers, toujours dans les radars de sa société, en seraient les symboles. Basquiat, lui, reste le roi. Trois ventes majeures en mai : 6,6 millions pour un dessin ayant appartenu à David Bowie, 23,4 millions pour « Baby Boom », et 16,4 millions pour une œuvre sur papier disputée âprement chez Sotheby’s. Dubois enfonce le clou : « Un acheteur de 30 ans, qu’il ait 3 ou 100 millions de dollars, préférera toujours Basquiat à Warhol ou Picasso ».