C’est l’une des dotations les plus généreuses du paysage littéraire français : 200 000 euros. Le prix Cino Del Duca, créé en 1969 et présidé par le romancier Amin Maalouf, a été attribué ce mercredi 22 avril à Jean-Marie Gustave Le Clézio. La Fondation Simone et Cino Del Duca a salué en lui « un romancier, essayiste et voyageur » dont l’œuvre, « traduite dans le monde entier », est « profondément marquée par l’expérience du déplacement, de la rencontre et du dialogue entre les cultures ». L’écrivain de 86 ans, déjà lauréat du prix Nobel de littérature en 2008, se verra officiellement remettre la distinction le 17 juin à l’Institut de France.
Une œuvre fleuve, un successeur de Boualem Sansal
Né le 13 avril 1940 à Nice, d’une famille d’origine bretonne établie à l’île Maurice au XVIIIe siècle, Le Clézio a signé près de cinquante ouvrages traversés par la remise en question du monde occidental, la visibilisation des peuples marginalisés et une sensibilité écologique affirmée. Parmi ses titres les plus marquants figurent Désert, Le Chercheur d’or ou encore Révolutions. En janvier dernier, il publiait Trois Mexique, son neuvième livre consacré au pays qui lui tient particulièrement à cœur. Il succède au prix Cino Del Duca à Boualem Sansal, récompensé en 2025 alors qu’il était détenu en Algérie — le prix avait alors été reçu en son nom par son éditeur Antoine Gallimard. Le Clézio a confié à des journalistes son attachement à ce prédécesseur : « C’est un écrivain que j’aime bien, un homme assez étonnant, qui a écrit des livres très forts, assez violents. »
Un roman sur la Grande Guerre en préparation, et un mot sur Grasset
L’écrivain a également levé le voile sur son prochain ouvrage, actuellement en cours d’écriture : un roman situé pendant la Première Guerre mondiale, vu à travers les yeux de sa mère durant sa jeunesse. Une démarche qu’il relie, selon ses propres mots confiés à France Culture, « au climat d’incertitude dans lequel on vit actuellement en Europe », estimant qu’on se trouve « au bord parfois de la reprise de guerres terribles ». Le livre devrait paraître d’ici la fin de l’année. Interrogé par ailleurs sur la crise aux éditions Grasset — où le PDG Olivier Nora a été évincé par la direction du groupe Hachette, provoquant le départ de plus de 170 auteurs — Le Clézio a exprimé son « soutien total » aux écrivains ayant choisi de quitter la maison, défendant l’importance pour un auteur de disposer « d’un éditeur indépendant, qui n’est pas soumis au capital ».
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