Ce samedi 25 avril, près de 700 librairies indépendantes réparties en France, Belgique, Suisse et Luxembourg ouvrent leurs portes pour la 28e édition de la Fête de la librairie indépendante. L’occasion pour chaque visiteur de repartir avec une rose et un livre offert : cette année, un ouvrage inédit consacré à Umberto Saba, poète et libraire à Trieste, publié en partenariat avec les éditions Gallimard et tiré à 28 000 exemplaires. Richement illustré, il plonge dans l’histoire de cette ville du nord-est de l’Italie qui accueillit en son temps James Joyce, qui y vécut onze ans, mais aussi Italo Svevo, Stendhal, Rilke ou Proust. La manifestation se tient traditionnellement le samedi le plus proche de la Sant Jordi catalane, journée où l’on s’offre roses et livres.
Un modèle économique à bout de souffle
« Il est vital de ne pas déserter ces librairies », alertait à l’AFP Marie-Rose Guarnieri, libraire parisienne et promotrice de l’événement, soulignant que de nombreuses enseignes ont vu leur fréquentation reculer dès le début de l’année. « Un certain nombre d’entre elles ne savent pas si elles vont passer l’année », ajoutait-elle. Ce constat rejoint celui d’Alexandra Charroin-Spangenberg, présidente du Syndicat de la librairie française (SLF) depuis 2024, qui représente 3 500 librairies. « Elles sont toutes menacées », résume-t-elle sans détour. La fragilité du secteur tient à une équation impossible : des marges très faibles sur lesquelles les libraires n’ont aucun levier, une masse salariale élevée, le conseil humain étant au cœur de leur valeur ajoutée, et une inflation qui grignote les bénéfices sans qu’il soit possible de répercuter la hausse des coûts sur le prix des livres, fixé par la loi Lang. Résultat : faute de pouvoir agir sur d’autres variables, certains libraires ont commencé à ne pas renouveler des contrats ou à procéder à des licenciements.
Amazon, désertification et baisse de la lecture : les menaces s’accumulent
Face aux géants du commerce en ligne, le syndicat mène plusieurs actions en justice pour faire respecter la loi sur le prix unique du livre, qu’Amazon contournerait via sa politique de frais de port. Mais la concurrence numérique n’est pas le seul front. La désertification des centres-villes pèse lourdement sur la fréquentation, en particulier dans des villes moyennes. À cela s’ajoute une tendance de fond inquiétante : « Il y a une baisse très nette de la lecture en France », note la présidente du SLF. Le secteur doit aussi faire face à un phénomène plus récent, une recrudescence des tensions et d’agressions verbales en librairie, liées selon elle aux codes des réseaux sociaux qui s’invitent dans l’espace physique. Malgré tout, Marie-Rose Guarnieri rappelle le rôle que jouent ces commerces, « notamment dans les petites villes », en matière de diversité culturelle et de lien social, « une exception culturelle qui existe dans peu de pays ».
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