L’interdiction en France des gobelets jetables contenant du plastique repoussée à 2030
L’interdiction en France des gobelets jetables contenant du plastique repoussée à 2030

Le calendrier environnemental français vient de connaître un sérieux ralentissement. L’interdiction des gobelets jetables contenant du plastique, initialement prévue pour le 1er janvier prochain, n’entrera finalement en vigueur qu’en 2030. La décision a été actée par un arrêté publié au Journal officiel, mettant un terme provisoire à une mesure emblématique de la lutte contre les plastiques à usage unique. Ce report, décidé à l’issue d’un bilan d’étape réalisé en 2025, est justifié par le gouvernement au nom des contraintes industrielles et techniques encore jugées trop importantes. Depuis 2024, la réglementation avait pourtant été durcie. Le code de l’environnement limitait déjà la proportion de plastique autorisée dans les gobelets jetables à 8 %, contre 15 % auparavant. L’objectif affiché était clair, préparer une disparition progressive de ces produits du quotidien au profit d’alternatives sans plastique. Mais selon les ministères concernés, la filière n’est pas encore en mesure de garantir une absence totale de plastique à grande échelle, notamment pour des raisons de solidité, d’étanchéité et de compatibilité avec les chaînes de production existantes. Le nouveau texte prévoit ainsi un second bilan en 2028 afin d’évaluer les progrès réalisés en matière de substitution. L’interdiction est désormais fixée au 1er janvier 2030, assortie d’un délai supplémentaire pour l’écoulement des stocks. Les gobelets fabriqués ou importés avant cette date pourront continuer à être commercialisés pendant douze mois après l’échéance, soit deux fois plus que ce que prévoyait le cadre réglementaire précédent.

Colère des ONG et fragilisation de la loi antigaspillage

Cette décision a immédiatement suscité une vive réaction du côté des associations environnementales. Pour Zero Waste France, ce report s’apparente à un recul politique sous influence économique. L’argument de la faisabilité technique est jugé peu convaincant par l’association, qui estime que les solutions existent déjà, notamment à travers le réemploi, la consigne ou la recharge. Selon elle, l’enjeu n’est pas technologique mais relève avant tout de choix d’investissement et de volonté réglementaire. D’autres organisations, comme Surfrider Foundation Europe, Les Amis de la Terre, France Nature Environnement ou No Plastic in my Sea, dénoncent également une perte de cohérence dans la politique publique de réduction des déchets. Elles rappellent qu’un premier bilan de la loi contre le gaspillage et pour l’économie circulaire, adoptée en 2020, avait déjà mis en évidence de nombreuses mesures partiellement appliquées ou vidées de leur substance par voie réglementaire. Le report des gobelets intervient dans un contexte où les résultats de cette loi sont déjà jugés décevants. À la fin de l’année 2024, la DGCCRF avait révélé qu’environ une entreprise sur cinq ne respectait pas l’interdiction de vente ou de mise à disposition de certains produits plastiques jetables. Ces manquements concernaient des objets du quotidien pourtant identifiés comme nocifs pour l’environnement et parfois pour la santé humaine. Pour le gouvernement, la prudence réglementaire vise à éviter une interdiction inapplicable ou massivement contournée. L’exécutif assure que l’objectif de sortie du plastique reste inchangé, tout en reconnaissant un décalage entre l’ambition affichée et les capacités industrielles actuelles. Les gobelets qui resteront autorisés après 2030 devraient théoriquement être dépourvus de plastique ou n’en contenir qu’à l’état de traces, sous réserve des conclusions du bilan de 2028.

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