Les grandes compagnies maritimes mondiales commencent à élaborer des scénarios de retour progressif sur le canal de Suez, après près de deux années de déroutements coûteux causés par l’insécurité en mer Rouge. Depuis novembre 2023, la majorité des armateurs avaient choisi de contourner l’Afrique, allongeant considérablement les trajets et les coûts, à la suite d’attaques menées par les forces houthies du Yémen contre des navires commerciaux.
Ces attaques, présentées par leurs auteurs comme un soutien aux Palestiniens dans le contexte de la guerre à Gaza, avaient transformé l’axe stratégique reliant l’Europe à l’Asie en zone à haut risque. Le canal de Suez, artère essentielle du commerce mondial, avait alors vu son trafic chuter brutalement, avec des conséquences économiques majeures pour l’Égypte et pour l’ensemble de la chaîne logistique internationale.
Un accord de cessez-le-feu conclu en octobre a toutefois ravivé l’espoir d’un apaisement durable. Plusieurs compagnies évaluent désormais la possibilité de reprendre partiellement leurs passages par la mer Rouge et le détroit de Bab el-Mandeb, tout en soulignant que la sécurité reste le facteur déterminant.
Le groupe danois Maersk a ainsi annoncé qu’un de ses navires avait récemment franchi la mer Rouge et le détroit stratégique pour la première fois depuis près de deux ans. L’entreprise précise néanmoins qu’il ne s’agit pas d’un retour généralisé à la route trans-Suez. Elle parle d’une « approche par étapes », sans modification immédiate de son réseau Est-Ouest, afin de tester les conditions de navigation et d’évaluer les risques.
D’autres armateurs adoptent une position similaire, combinant prudence et anticipation. Si certains envisagent des passages ponctuels ou limités, aucun n’a pour l’instant annoncé une reprise totale et durable des flux par le canal de Suez. Les compagnies restent attentives à l’évolution de la situation sécuritaire et aux garanties offertes aux navires commerciaux.
Pour le secteur maritime, un retour progressif à Suez pourrait toutefois représenter un tournant majeur, permettant de réduire les délais, les coûts de carburant et les émissions liées aux longs détours autour du continent africain. Mais tant que la stabilité en mer Rouge ne sera pas jugée pleinement assurée, la reprise restera mesurée et réversible.