Un sixième des sols agricoles mondiaux contaminés par des métaux lourds
Un sixième des sols agricoles mondiaux contaminés par des métaux lourds

La planète cultive, mais à quel prix ? Une étude internationale qui vient d’être publiée dans Science révèle que 14 à 17 % des terres agricoles dans le monde sont polluées par des métaux toxiques à des niveaux dépassant les seuils de sécurité. Arsenic, cadmium, plomb, nickel… Environ 242 millions d’hectares de terres cultivées seraient concernés, avec des risques sanitaires majeurs pour près d’1 à 1,4 milliard de personnes vivant dans ces zones. L’étude, menée par Deyi Hou de l’université Tsinghua à Pékin, s’appuie sur l’analyse de près de 800 000 échantillons de sol collectés dans 91 pays sur 25 ans. Grâce à des modèles d’apprentissage automatique, les chercheurs ont pu cartographier avec précision les régions où les concentrations de métaux lourds excèdent les seuils tolérés dans les sols agricoles.

Des terres cultivées devenues toxiques

Cette pollution invisible est loin d’être anodine. Ces métaux lourds, une fois infiltrés dans les sols, peuvent être absorbés par les cultures, contaminant la chaîne alimentaire de manière durable. Le cadmium, par exemple, peut se retrouver dans le riz ou les légumes racines ; le plomb affecte directement le système nerveux. Ces substances sont difficiles, voire impossibles à éliminer une fois présentes dans le sol. Les effets sur la santé humaine sont bien documentés : cancers, troubles neurologiques, maladies chroniques. Les écosystèmes eux-mêmes sont perturbés, avec des impacts durables sur la biodiversité microbienne et la qualité des productions agricoles.

Une menace appelée à s’aggraver

Les chercheurs s’alarment aussi de la tendance. Avec la hausse continue de la demande en métaux — tirée notamment par les industries électroniques et la transition énergétique —, la pression sur les sols va s’intensifier. L’usage d’engrais, les activités minières, les déchets industriels et l’irrigation avec de l’eau polluée sont autant de facteurs aggravants. Face à cette menace silencieuse, les auteurs de l’étude appellent à une surveillance mondiale renforcée et à une révision des politiques d’utilisation des terres agricoles. Car si les sols nourrissent l’humanité, ils peuvent aussi devenir le vecteur invisible d’un empoisonnement à grande échelle.

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