Après des décennies d’attente, la dépollution des calanques marseillaises est enfin lancée. Depuis le 1er septembre, un vaste chantier de 14 millions d’euros vise à traiter vingt sites contaminés par les résidus industriels du XIXe et du XXe siècle. Ces scories de plomb, d’arsenic et de mercure, utilisées à l’époque comme remblais pour routes et parkings, souillent aujourd’hui près de 29 hectares entre la Madrague de Montredon et Callelongue.
Deux ans de travaux pour neutraliser l’héritage industriel
La première phase, qui court jusqu’en mars 2026, concerne sept sites emblématiques, dont Samena et le port de l’Escalette. Treize autres zones seront traitées l’année suivante. L’opération repose sur deux approches : le retrait de terres polluées avec un protocole strict pour éviter toute dissémination, et la neutralisation par vitrification, consistant à enfermer la pollution dans du béton armé. Des capteurs ont été installés dans les habitations voisines afin de suivre en temps réel la qualité de l’air, et les riverains recevront un rapport hebdomadaire.
Un contentieux à l’origine de l’opération
C’est la justice administrative qui a accéléré le processus. En décembre 2024, l’État a été condamné pour « carence fautive », après des années d’inaction malgré la dangerosité des dépôts. Les autorités ont dû assumer ce chantier d’envergure, considéré comme indispensable pour protéger à la fois l’environnement et la santé publique. Pour les habitants, cette intervention est perçue comme une délivrance, même si elle suscite des inquiétudes durant les travaux. Vivre au bord de l’eau avec des sols empoisonnés n’est plus acceptable dans un parc national censé symboliser la richesse naturelle de Marseille. Mais le long effort de dépollution rappelle aussi que l’héritage toxique des industries d’hier continue de peser sur les générations d’aujourd’hui.