Paris, le BHV au cœur d’un projet explosif mêlant commerce et logements sociaux
Paris, le BHV au cœur d’un projet explosif mêlant commerce et logements sociaux

Face à l’incertitude qui plane sur l’avenir du Bazar de l’Hôtel de Ville, la municipalité parisienne a choisi d’avancer une option radicale. La maire de Paris a fait adopter au Conseil de Paris un vœu autorisant la collectivité à se positionner pour racheter les murs du BHV si l’exploitant actuel, la Société des grands magasins dirigée par Frédéric Merlin, ne parvenait pas à conclure leur acquisition auprès des Galeries Lafayette. Une hypothèse qui, si elle se concrétisait, pourrait profondément transformer l’un des symboles commerciaux du centre de la capitale. Le grand magasin, situé face à l’Hôtel de Ville, traverse une période de fortes turbulences. Depuis la reprise du fonds de commerce par la SGM en 2023, son avenir suscite de nombreuses inquiétudes, tant pour l’emploi que pour l’équilibre commercial du cœur de Paris. L’arrivée de nouvelles enseignes, dont certaines controversées, a alimenté les tensions autour de l’identité du lieu. Dans ce contexte, la Ville affirme vouloir se donner les moyens d’intervenir en amont pour éviter une dégradation jugée irréversible. Le vœu présenté par l’exécutif municipal prévoit que, si la promesse de vente actuellement en cours entre les Galeries Lafayette, propriétaires des murs, et la SGM venait à échouer, Paris étudierait toutes les options pour se placer en situation d’acquéreur. L’objectif affiché est double : garantir la pérennité de l’activité commerciale et de l’emploi, tout en permettant le développement d’un programme mixte intégrant du logement social et abordable. Une orientation qui s’inscrit dans la stratégie plus large de la municipalité visant à réintroduire de l’habitat au cœur de la capitale, y compris dans des secteurs historiquement dédiés au commerce. Sur le plan financier, la Ville reconnaît toutefois ne pas être en mesure d’assumer seule une telle opération. L’hypothèse privilégiée passerait par un montage associant la collectivité à des partenaires privés, via une société d’économie mixte. Cette solution permettrait, selon l’exécutif, de limiter l’impact direct sur les finances municipales, alors que la dette de Paris dépasse déjà les dix milliards d’euros. Le coût potentiel de l’opération est estimé par certains observateurs à plusieurs centaines de millions d’euros, sans qu’aucun chiffrage officiel n’ait été communiqué.

Un projet vivement contesté par l’opposition

L’annonce n’a pas manqué de provoquer de vives réactions sur les bancs de l’opposition. Plusieurs élus dénoncent une initiative improvisée, perçue comme une manœuvre politique à l’approche des élections municipales. Ils estiment que la transformation d’un grand magasin historique en programme hybride mêlant commerce et logements relèverait d’un projet complexe, coûteux et peu réaliste sur le plan architectural. Selon eux, le bâtiment ne serait pas adapté à un usage résidentiel, et la Ville ne disposerait ni des moyens financiers ni de l’expertise nécessaire pour piloter une telle reconversion. Les critiques pointent également le risque d’alourdir encore la dette municipale, dans un contexte budgétaire déjà contraint. Certains responsables politiques avancent des alternatives, comme la cession d’actifs immobiliers appartenant à la Ville en dehors de son territoire, afin de dégager des marges financières pour investir dans des projets jugés plus prioritaires pour les Parisiens. Du côté des Galeries Lafayette, la situation reste ouverte. La promesse de vente accordée à la SGM arrive à échéance à très court terme, et le groupe propriétaire des murs a indiqué se réserver la possibilité d’explorer d’autres options si l’exclusivité venait à tomber. L’incertitude demeure donc totale quant à l’issue du dossier. Au-delà du cas du BHV, ce débat révèle les tensions croissantes autour de l’avenir du centre de Paris, partagé entre impératifs commerciaux, pression immobilière et volonté politique de maintenir une diversité sociale. La proposition municipale, qu’elle aboutisse ou non, marque en tout cas un tournant symbolique dans la manière d’envisager le devenir des grands temples du commerce parisien.

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