La République démocratique du Congo fait face à une grave crise budgétaire provoquée par la guerre contre les rebelles du M23 dans l’est du pays, selon un projet de « budget de combat » révisé qui a été approuvé vendredi par le cabinet du président Félix Tshisekedi et soumis au Parlement. Le conflit, aggravé par le soutien présumé du Rwanda aux insurgés, pèse lourdement sur les finances publiques congolaises.
Le budget révisé prévoit des dépenses en légère baisse, à hauteur de 17,2 milliards de dollars, mais anticipe une forte baisse des recettes fiscales, désormais estimées à 12,5 % du PIB contre 15,1 % initialement projetés en décembre. Le Fonds monétaire international (FMI) a mis en garde contre les pressions croissantes exercées par la guerre, notamment en raison de la fermeture des services de collecte des impôts dans les zones tombées aux mains du M23, riches en ressources minières.
Les dépenses militaires exceptionnelles se sont élevées à environ un milliard de dollars rien que pour les quatre premiers mois de 2025, selon deux sources gouvernementales. Une partie de ces coûts provient du doublement des salaires des militaires et des policiers, annoncé en mars par le ministère des Finances, une mesure destinée à renforcer le moral des troupes, mais qui coûtera à elle seule quelque 500 millions de dollars cette année.
Malgré cette hausse des dépenses, les témoignages de terrain signalent des pénuries persistantes de nourriture, de munitions et d’équipements. « La majeure partie de ces fonds est gérée en dehors du cadre budgétaire officiel », a confié un haut fonctionnaire du ministère des Finances sous couvert d’anonymat, déplorant un manque de transparence et de contrôle sur les flux financiers liés à la guerre.
Le déficit budgétaire intérieur, déjà à 0,8 % du PIB en 2024, devrait atteindre 1,2 % cette année, selon René Tapsoba, représentant du FMI en RDC. Ce déficit pourrait s’aggraver encore si le conflit perdure, d’autant que le gouvernement tente parallèlement de réduire ses dépenses courantes, notamment en taillant dans les budgets ministériels et les salaires des hauts fonctionnaires.
La guerre a également mis en lumière des failles structurelles de l’armée congolaise. Un récent rapport sénatorial révèle que sur les 268 602 militaires recensés, seuls 74 000 sont réellement déployés en zones de combat. Plus de 36 000 soldats sont inactifs, dont 3 618 retraités en attente de 145 millions de dollars d’arriérés de solde.
Alors que les Nations Unies et plusieurs pays occidentaux accusent Kigali de soutenir militairement le M23, le Rwanda continue de nier toute implication directe, affirmant n’agir qu’en réponse à des menaces sécuritaires émanant de l’armée congolaise et de milices liées au génocide de 1994.