Vidéo dévoilée : un contrôle routier banal en 2022 relance le scandale de l’expulsion illégale de Kilmar Abrego Garcia
Vidéo dévoilée : un contrôle routier banal en 2022 relance le scandale de l’expulsion illégale de Kilmar Abrego Garcia

Les autorités du Tennessee ont rendu publique une vidéo datant de 2022 montrant un banal contrôle routier de Kilmar Abrego Garcia, ouvrier du bâtiment originaire du Maryland, devenu malgré lui le symbole des dérives de la politique migratoire américaine après son expulsion controversée vers le Salvador. Ce document, diffusé dans un climat politique tendu, montre une interaction calme entre Abrego Garcia et des agents de la police autoroutière, sans signe apparent d’infraction criminelle.

Lors du contrôle, les policiers évoquent entre eux la possibilité d’un trafic d’êtres humains, étonnés de voir neuf passagers dans un véhicule sans bagages. L’un d’eux note la présence de 1 400 dollars en liquide. Pourtant, selon un rapport du Département de la Sécurité intérieure publié le mois dernier, Abrego Garcia n’a fait l’objet d’aucune arrestation ni inculpation. Les agents lui ont simplement adressé un avertissement pour permis expiré et l’ont laissé repartir.

Cette séquence ressurgit alors que l’administration Trump fait pression pour justifier l’expulsion d’Abrego Garcia en mars, malgré l’absence de charges pénales. Originaire du Salvador, il avait fui son pays à l’âge de 16 ans pour s’établir dans le Maryland, où il a vécu pendant 14 ans. Il avait été identifié par la police du Maryland comme membre du gang MS-13, notamment à cause de ses tatouages, d’un sweat à capuche des Chicago Bulls et sur la base d’un informateur. Aucun élément probant n’a été produit et aucune accusation n’a été retenue.

Son avocat, Simon Sandoval-Moshenberg, affirme que cette vidéo ne montre aucun comportement criminel et insiste sur l’essentiel : « Le problème n’est pas le contrôle routier. C’est que M. Abrego Garcia a droit à un procès équitable. Il faut le ramener aux États-Unis. » En 2019, un juge fédéral de l’immigration avait ordonné que l’homme ne soit pas expulsé vers le Salvador, estimant qu’il risquait d’y être persécuté par les gangs.

Malgré cette décision judiciaire, Kilmar Abrego Garcia a été renvoyé de force vers un centre de détention salvadorien, en violation directe de l’ordonnance du juge. Depuis, il est détenu sans contact avec l’extérieur, sans pouvoir parler à sa famille ni à ses avocats. Sa femme, Jennifer Vasquez Sura, déplore qu’il ne puisse même pas répondre aux accusations : « Il transportait parfois ses collègues ouvriers entre les chantiers. Rien d’illégal là-dedans. »

Face à la plainte de sa famille, la juge fédérale Paula Xinis a ordonné début avril le retour d’Abrego Garcia aux États-Unis. La Cour suprême a confirmé cette décision, mais l’administration Trump semble traîner les pieds. Lors d’une audience, la juge Xinis a sévèrement critiqué le manque d’explications d’un représentant du gouvernement et exigé des preuves concrètes des efforts déployés pour rapatrier l’ouvrier.

Donald Trump a reconnu mardi, dans une interview à ABC News, qu’il pourrait « passer un coup de fil » au président salvadorien pour organiser le retour d’Abrego Garcia, tout en réitérant ses accusations de lien avec le MS-13. Son avocat dénonce un traitement indigne et déshumanisant : « Cela fait plus d’un mois que je le représente, et cette vidéo est la première fois que j’entends sa voix. Il a été privé de ses droits les plus fondamentaux. »

Ce cas met en lumière les tensions entre les décisions judiciaires et les choix politiques en matière d’immigration, dans un pays où le droit à un procès équitable reste un principe fondamental, mais parfois bafoué.

Partager