Sous pression, le Hezbollah mobilise pour les municipales au Liban malgré les appels au désarmement
Sous pression, le Hezbollah mobilise pour les municipales au Liban malgré les appels au désarmement

Au sud du Liban, dans un paysage marqué par les destructions des bombardements israéliens, le Hezbollah tente de démontrer qu’il reste une force politique incontournable à l’approche d’un scrutin municipal crucial. Le parti chiite soutenu par l’Iran, affaibli par une guerre meurtrière avec Israël, mise sur les urnes pour maintenir son emprise, alors que les appels à son désarmement se multiplient, conditionnant l’aide internationale à cette exigence.

Dans la ville de Nabatieh, les affiches électorales aux couleurs du Hezbollah se dressent au milieu des gravats. « Nous voterons avec du sang », affirme Ali Tabaja, 21 ans, déterminé à soutenir le mouvement dans un climat de défiance et de ruine. Le Hezbollah, qui a déclenché les hostilités en soutien au Hamas en octobre 2023, sort de cette guerre saigné à blanc : des milliers de ses combattants ont été tués, sa direction a été décimée, et son influence sur l’État affaiblie.

Le nouveau gouvernement libanais, plus critique à l’égard du Hezbollah, a déclaré vouloir rétablir un monopole étatique sur les armes. Un cessez-le-feu négocié par les États-Unis stipule également le désarmement du mouvement. Toutefois, les résultats partiels des élections montrent que la base chiite du Hezbollah lui reste majoritairement fidèle, renforçant sa légitimité au sein de sa communauté. Selon l’analyste Mohanad Hage Ali, tenter de désarmer le Hezbollah par la force risquerait d’être interprété comme une agression communautaire, menaçant la stabilité nationale.

Les États-Unis, comme plusieurs pays du Golfe, conditionnent toute reconstruction du Liban à un désarmement effectif du Hezbollah, jugé responsable de l’implication du pays dans des conflits régionaux. Or, le groupe lie cette discussion à un retrait total des forces israéliennes de certaines positions au sud du pays. De son côté, Israël accuse le Hezbollah de maintenir des infrastructures militaires dans la région, violant les accords en vigueur.

Les fonds internationaux manquent, et les ruines s’accumulent. Contrairement à 2006, aucune aide substantielle ne semble venir d’Iran ou des pays arabes. Téhéran, sous sanctions, peine à financer son allié, et les monarchies du Golfe ont depuis longtemps coupé les vivres au mouvement. Le Hezbollah accuse l’État libanais de bloquer les fonds étrangers et d’entraver ses efforts de reconstruction.

Dans ce contexte, les élections municipales prennent des allures de référendum sur la légitimité du Hezbollah au sein de la population chiite. Mais pour certains comme Khalil Tarhini, commerçant ruiné à Nabatieh, l’heure n’est pas aux bulletins de vote : « L’État ne nous a pas soutenus », lâche-t-il, désabusé. Une amertume qui illustre le fossé grandissant entre promesses de reconstruction et réalité du terrain.

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