L’OMS écarte une nouvelle fois Taïwan de son assemblée annuelle sous la pression de la Chine
L’OMS écarte une nouvelle fois Taïwan de son assemblée annuelle sous la pression de la Chine

GENÈVE – Les États membres de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont rejeté lundi une proposition visant à inviter Taïwan à son assemblée mondiale annuelle à Genève, réaffirmant ainsi l’influence persistante de la Chine au sein des institutions multilatérales et l’isolement croissant de l’île sur la scène internationale.

La demande d’inclusion de Taïwan, formulée par un petit groupe de pays mené par le Belize et Saint-Vincent-et-les Grenadines – deux des rares États à entretenir encore des relations diplomatiques officielles avec l’île – visait à permettre à Taïwan d’assister à la réunion en tant qu’observateur. Mais cette initiative a été bloquée par une vive opposition de la Chine, soutenue notamment par le Pakistan.

L’ambassadeur chinois Chen Xu a dénoncé la proposition comme une remise en cause de l’autorité de l’ONU et de « l’ordre international d’après-guerre ». Pékin considère Taïwan comme une province rebelle appelée à être réunifiée avec le continent, par la force si nécessaire, et s’oppose systématiquement à toute reconnaissance ou implication internationale de l’île. Dans un communiqué ultérieur, le ministère chinois des Affaires étrangères a qualifié les arguments en faveur de la participation taïwanaise de « mensonges politiques », assurant que l’exclusion de l’île n’a eu aucun impact sur la lutte mondiale contre les pandémies.

Le représentant du Belize a pour sa part estimé que le refus d’inclure Taïwan « affaiblit notre préparation collective et nos capacités de réponse » face aux crises sanitaires mondiales. Le représentant de Saint-Vincent a qualifié cette exclusion d’« injuste et contre-productive ».

Fait notable, aucun grand pays occidental, y compris les États-Unis, n’a pris publiquement la défense de Taïwan cette année. Le siège américain à l’assemblée est resté vide lors du débat, dans un contexte tendu où Washington envisage de se retirer de l’OMS. Cette absence de soutien explicite contraste fortement avec les années précédentes où les États-Unis et plusieurs alliés européens avaient défendu l’inclusion de Taïwan.

Taïwan a participé aux réunions de l’OMS en tant qu’observateur entre 2009 et 2016, sous la présidence de Ma Ying-jeou, qui entretenait des relations plus conciliantes avec Pékin. Depuis l’élection de la présidente Tsai Ing-wen, dont le gouvernement rejette le principe d’une réunification sous l’égide de la Chine, l’île est systématiquement exclue.

En marge de l’assemblée, une délégation taïwanaise a malgré tout mené une campagne de sensibilisation à Genève, utilisant notamment une camionnette diffusant des images emblématiques de l’île comme le gratte-ciel Taipei 101 ou des verres de thé aux perles, symbole de sa culture populaire.

Alors que les tensions géopolitiques entre la Chine et les pays occidentaux s’intensifient, la question de la représentation de Taïwan dans les institutions internationales reste un point de friction majeur, cristallisant des enjeux diplomatiques bien au-delà du cadre sanitaire.

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