Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a exprimé ce samedi sa satisfaction quant au « déroulement et au rythme » des pourparlers nucléaires avec les États-Unis, déclarant à la télévision nationale que les deux parties avaient fait preuve de « sérieux et de détermination » lors de leur troisième ronde de négociations, qui s’est achevée aujourd’hui.
La troisième ronde avait débuté plus tôt ce jour à Oman, selon les médias officiels iraniens, après que les deux parties ont annoncé des avancées lors de leurs récentes rencontres à Rome.
Les médias iraniens ont indiqué que cette troisième ronde pourrait « être prolongée si nécessaire », des discussions techniques étant menées par des experts avant les pourparlers de haut niveau.
Selon l’agence officielle iranienne IRNA, « il est prévu que cette ronde, comme les deux précédentes, dure un jour. Toutefois, compte tenu de l’accent mis sur les questions techniques et l’examen des détails par des experts, elle pourrait être prolongée si besoin. »
Selon l’agence Tasnim, les négociations de cette troisième ronde se divisent en deux parties : une partie politique dirigée par Araqchi et Wietkoff, et une partie technique au niveau des experts, avec notamment Kazem Gharibabadi, assistant pour les affaires juridiques et internationales du ministère iranien des Affaires étrangères, et Majid Takht-Ravanchi, assistant politique du ministre des Affaires étrangères iranien.
De son côté, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmail Baghaei, a confirmé que les programmes de défense et de missiles de l’Iran ne seraient pas abordés durant ces discussions.
Baghaei a déclaré à la télévision nationale : « La question des capacités de défense et des missiles iraniens n’est pas à l’ordre du jour, et elle n’a pas été abordée dans les négociations indirectes avec les États-Unis. »
Ces rencontres, médiées par Oman, font suite à deux rondes précédentes de négociations indirectes : la première s’est tenue le 12 avril à Mascate et la seconde le 19 avril à Rome.
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait déclaré mercredi que les États-Unis n’envisageaient pas que l’Iran enrichisse lui-même son combustible nucléaire, mais plutôt qu’il importe le combustible nécessaire à son programme civil.
L’Iran a réaffirmé à plusieurs reprises que son droit à l’enrichissement d’uranium n’était pas négociable.
Les États-Unis et l’Iran avaient décrit les discussions précédentes comme « positives », malgré la menace du président Donald Trump de mener des frappes militaires américaines et israéliennes contre les sites nucléaires iraniens en cas d’échec des négociations.
Comment les deux parties en sont-elles arrivées là ?
Un accord nucléaire avait été conclu en 2015 entre l’Iran et les grandes puissances, y compris les États-Unis, par lequel Téhéran acceptait de limiter son programme nucléaire en échange de la levée des sanctions économiques.
Connu officiellement sous le nom de Plan d’action global commun (JCPOA), cet accord autorisait l’Iran à enrichir de l’uranium uniquement à des fins pacifiques.
Trump a retiré les États-Unis de cet accord en 2018, durant son premier mandat, et l’Iran a réagi en augmentant son enrichissement d’uranium jusqu’à 60 %, une pureté proche des 90 % nécessaires à la fabrication d’une bombe nucléaire, tout en affirmant que son programme restait pacifique.
Le mois dernier, Trump a envoyé une lettre au guide suprême iranien, Ali Khamenei, proposant de négocier un nouvel accord nucléaire, laissant à l’Iran un délai de deux mois pour accepter.
Que veut Trump ? Et quels sont les principaux points de friction ?
Trump souhaite un accord « plus fort » que celui conclu en 2015 sous l’administration Obama, bien que les demandes précises des responsables américains aient varié récemment.
Il reste flou si les États-Unis exigent un démantèlement total du programme nucléaire iranien, y compris du programme civil, ou s’ils toléreraient un programme civil sous conditions strictes.
Steve Wietkoff, émissaire de Trump pour les négociations iraniennes, avait initialement déclaré qu’il n’était pas nécessaire pour l’Iran d’enrichir l’uranium, avant de préciser sur la plateforme X (anciennement Twitter) que tout accord nécessiterait « l’arrêt et l’élimination » du programme d’enrichissement et d’armement nucléaire de l’Iran.
Pendant ce temps, le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a appelé à un démantèlement complet du programme nucléaire iranien.
Marco Rubio a ensuite indiqué qu’un programme nucléaire civil serait envisageable pour l’Iran, mais qu’il nécessiterait l’importation du combustible nécessaire.
Que dit l’Iran ?
L’Iran a fermement réaffirmé son droit à l’enrichissement de l’uranium, accusant Washington d’envoyer des signaux contradictoires.
Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a déclaré à Press TV que « le programme d’enrichissement iranien est une réalité sérieuse et authentique », ajoutant que si l’Iran est prêt à instaurer la confiance, la question de l’enrichissement n’est pas négociable.
Téhéran a également fixé ses « lignes rouges », incluant le rejet de tout « langage menaçant » de la part de l’administration Trump et des « exigences exagérées » concernant son programme nucléaire.
Les médias iraniens rapportent également que les États-Unis devraient éviter de soulever des questions concernant l’industrie de la défense iranienne, notamment son programme balistique.
La haute direction iranienne, elle, aborde ces pourparlers avec une grande prudence : le guide suprême Khamenei a déclaré que l’Iran « n’est ni trop optimiste ni trop pessimiste » vis-à-vis des négociations.
Quels autres obstacles potentiels ?
En parallèle aux discussions de haut niveau entre Araqchi et Wietkoff, des équipes techniques commenceront à rédiger les détails d’un accord potentiel.
La porte-parole du Département d’État américain, Tammy Bruce, a indiqué que Michael Anton, directeur de la planification politique, dirigera l’équipe technique américaine composée d’environ 12 experts issus de plusieurs agences gouvernementales, pour négocier les détails tels que l’allègement des sanctions et les restrictions nucléaires.
Un autre point de friction pourrait concerner l’exigence d’un démantèlement complet du programme nucléaire iranien sur le modèle de la Libye, comme l’a évoqué Israël.
La Libye avait en effet démantelé son programme en 2003, mais avait sombré dans la guerre civile après la chute de Kadhafi en 2011, événement utilisé par l’Iran pour refuser toute comparaison.
L’accord de 2015 prévoit une échéance en octobre 2025, sauf décision contraire du Conseil de sécurité de l’ONU.
Quelle est la position d’Israël ?
Israël reste fermement opposé à toute possibilité que l’Iran puisse un jour se doter d’une arme nucléaire et privilégie un démantèlement total de son programme.
Des sources proches du dossier ont indiqué à CNN que la perspective de négociations entre Washington et Téhéran « déplaît fortement » à Israël.
Selon le New York Times, Trump aurait demandé à Israël de suspendre toute frappe contre les sites nucléaires iraniens jusqu’à la fin des discussions.
Le bureau de Netanyahu n’a pas nié cette information, se contentant d’affirmer que les actions israéliennes ont « freiné » le programme nucléaire iranien.
Trump, commentant ces informations, a déclaré : « Je ne dirai pas que je l’ai empêchée [la frappe israélienne], mais je ne suis pas pressé, car je pense que l’Iran a une chance de construire un grand pays et de vivre en paix. »