Le Vietnam abandonne sa politique des deux enfants face au vieillissement de la population
Le Vietnam abandonne sa politique des deux enfants face au vieillissement de la population

Le Vietnam a officiellement mis fin à sa politique de limitation à deux enfants par famille, dans le but de contrer la baisse continue de la natalité et de freiner le vieillissement de sa population, une tendance qui menace la croissance économique du pays à long terme. L’annonce a été faite mercredi par l’agence de presse d’État Vietnam News Agency, au lendemain du vote des amendements par l’Assemblée nationale.

En vigueur depuis 1988, cette politique avait été instaurée dans un contexte de pénurie de ressources, après des décennies de guerre, alors que le pays entamait sa transition vers une économie de marché. Elle était appliquée de manière plus stricte aux membres du Parti communiste, qui risquaient de perdre des avantages ou d’être écartés de promotions s’ils avaient un troisième enfant.

Mais ces dernières années, le taux de natalité a chuté sous le seuil de renouvellement des générations. De 2,11 enfants par femme en 2021, le taux est passé à 2,01 en 2022, 1,96 en 2023 et seulement 1,91 en 2024. À Ho Chi Minh-Ville, principal centre économique du pays, il est même tombé à 1,39, alors que près de 12 % de la population locale a plus de 60 ans, mettant à rude épreuve les services sociaux.

Le Vietnam, qui bénéficie encore d’un « dividende démographique » — c’est-à-dire d’une population active plus nombreuse que les personnes à charge — depuis 2007, risque de perdre cet avantage à partir de 2039. Le nombre de travailleurs devrait culminer en 2042, avant de commencer à diminuer. D’ici 2054, la population totale pourrait décliner, compliquant les efforts de développement du pays.

Pour encourager les naissances, les autorités locales ont déjà mis en place des incitations financières. À Ho Chi Minh-Ville, les femmes qui ont deux enfants avant l’âge de 35 ans reçoivent une prime de 120 dollars. Le pays propose également un congé maternité de six mois entièrement rémunéré, des soins de santé gratuits pour les enfants de moins de six ans, et une scolarité gratuite jusqu’à 15 ans — bientôt étendue jusqu’à la fin du secondaire.

Parallèlement, le gouvernement tente de corriger le déséquilibre croissant entre les sexes à la naissance, dû à une préférence culturelle pour les garçons. Bien que la divulgation du sexe du fœtus soit interdite et que l’avortement sélectif soit prohibé, certains médecins continuent de faire passer des messages codés, selon les médias d’État. Le ministère de la Santé a proposé de tripler l’amende pour les pratiques illégales liées au choix du sexe de l’enfant, la portant à 3 800 dollars.

Le Vietnam suit ainsi les traces de la Chine, qui a assoupli sa politique de l’enfant unique instaurée en 1979, sans pour autant parvenir à relancer durablement sa natalité. La levée de la politique des deux enfants pourrait être un tournant décisif pour le Vietnam, mais de nombreux défis restent à surmonter pour inverser la tendance.

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