Le Kirghizistan interdit la pornographie en ligne et place Internet sous contrôle d’État
Le Kirghizistan interdit la pornographie en ligne et place Internet sous contrôle d’État

Le président kirghize Sadyr Japarov a signé mardi une série de lois renforçant significativement le contrôle d’Internet dans son pays. Parmi les mesures adoptées figure l’interdiction totale de l’accès à la pornographie en ligne, justifiée par le gouvernement comme un effort pour « protéger les valeurs morales et éthiques » du Kirghizistan, une république d’Asie centrale à majorité musulmane de 7 millions d’habitants.

Cette législation oblige désormais les fournisseurs d’accès à Internet à bloquer tout site pornographique sur simple ordre du ministère de la Culture, sous peine de lourdes amendes. Mais ce n’est pas tout : le président Japarov a également signé un décret imposant un monopole étatique sur le trafic Internet international. À partir du 15 août, la société publique ElCat deviendra le seul opérateur autorisé à gérer les connexions internationales, contraignant tous les autres fournisseurs à transférer leurs contrats de bande passante à cette entité dans un délai de deux mois.

Ces mesures marquent une nouvelle étape dans la régression des libertés numériques et de la liberté d’expression au Kirghizistan. Longtemps considéré comme le pays le plus démocratique d’Asie centrale, le Kirghizistan a vu sa situation se dégrader depuis l’arrivée au pouvoir de Sadyr Japarov en 2020, à la faveur d’une vague de protestations populaires. Son mandat est marqué par un populisme assumé et un discours nationaliste centré sur la défense des « valeurs traditionnelles kirghizes ».

Les critiques dénoncent une dérive autoritaire croissante et une attaque frontale contre les droits civiques. Les médias indépendants et les groupes d’opposition font face à une pression constante, entre fermetures administratives, arrestations et harcèlement judiciaire. Le renforcement du contrôle d’Internet est perçu par de nombreux observateurs comme un nouvel outil de censure politique, masqué sous un vernis de moralité publique.

L’instauration d’un monopole d’État sur le trafic Internet soulève également des inquiétudes d’ordre économique et technique. Les opérateurs privés craignent des perturbations majeures dans la qualité du service, ainsi qu’une hausse des coûts pour les consommateurs. L’absence de concurrence pourrait aussi ouvrir la voie à une surveillance accrue des communications numériques, alimentant les craintes d’un État de plus en plus intrusif.

Alors que le pouvoir kirghize continue de resserrer son emprise sur l’espace public, ces nouvelles mesures confirment un tournant autoritaire assumé. Sous couvert de morale et de souveraineté, le contrôle d’Internet devient un instrument central du régime de Japarov pour modeler l’opinion et restreindre les libertés individuelles.

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