En Assam, des expulsions de musulmans bengalis ravivent les tensions à l’approche des élections
En Assam, des expulsions de musulmans bengalis ravivent les tensions à l’approche des élections

Dans l’État indien de l’Assam, situé à la frontière du Bangladesh, des centaines de familles musulmanes ont été expulsées de leurs habitations ces dernières semaines, dans ce que des militants des droits humains dénoncent comme une campagne discriminatoire. À quelques mois des élections régionales, les autorités locales ont intensifié les démolitions de maisons, principalement occupées par des musulmans parlant le bengali, accusés de squatter illégalement des terres gouvernementales.

Sous des abris de fortune faits de bâches plastiques, des hommes, des femmes et de jeunes enfants tentent de survivre dans des camps de fortune, privés de ressources essentielles. Selon les autorités de l’État, dirigé par le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi, ces opérations visent à libérer des terrains illégalement occupés. Mais pour les familles concernées, comme celle d’Aran Ali, 53 ans, déplacée de force dans le district de Goalpara, cette explication ne tient pas. « Le gouvernement nous harcèle à plusieurs reprises », déplore-t-il, debout sur une terre nue où sa famille tente de reconstruire une vie.

Les expulsions s’inscrivent dans un contexte de durcissement de la rhétorique anti-immigrés à travers le pays. Depuis la chute, en août 2024, d’un Premier ministre pro-indien au Bangladesh, les accusations d’« infiltration illégale » visant les musulmans bengalis se sont multipliées. Les expulsés, bien que pour la plupart nés en Inde, sont souvent perçus comme des étrangers, alimentant une stigmatisation persistante.

L’opposition politique en Assam affirme que ces actions ont des visées électoralistes. Selon elle, les autorités cherchent à mobiliser un électorat nationaliste en exacerbant les tensions identitaires. Des groupes de défense des droits humains, pour leur part, dénoncent une politique systématique d’éviction ciblée contre les musulmans, qu’ils jugent contraire aux principes fondamentaux de la Constitution indienne.

Le gouvernement local nie toute discrimination, arguant que les expulsions sont conformes à la loi. Mais pour les familles déplacées, le quotidien est marqué par l’angoisse et l’incertitude. Alors que la campagne électorale s’intensifie, la situation dans les camps improvisés de l’Assam illustre un climat de plus en plus tendu, où les questions identitaires et religieuses prennent le pas sur les urgences humanitaires.

Partager