L’Union européenne a de nouveau échoué, mercredi, à s’accorder sur un nouveau paquet de sanctions contre la Russie. Selon plusieurs diplomates européens, la Slovaquie, soutenue de manière plus discrète par Malte, a opposé son veto lors d’une réunion des ambassadeurs des 27 États membres, mettant à l’arrêt le processus d’adoption du 18e train de mesures punitives depuis le début de l’invasion de l’Ukraine par Moscou en 2022.
Le gouvernement slovaque, dirigé par le Premier ministre Robert Fico, lie son approbation à l’obtention de garanties claires concernant la sécurité de son approvisionnement en gaz. Bratislava redoute que le plan de l’UE visant à mettre fin aux importations de gaz russe d’ici fin 2027 ne mette en péril son système énergétique national. Fico a explicitement formulé cette exigence dans une lettre adressée à la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, dans laquelle il qualifie le plan de retrait progressif d’« équivalent à une sanction » pour son pays.
Les sanctions européennes requièrent l’unanimité des États membres, ce qui donne à la Slovaquie un levier de blocage. En revanche, le plan d’élimination du gaz russe ne nécessite qu’une majorité renforcée pour être adopté. Cette configuration permet à Bratislava d’utiliser les négociations sur les sanctions comme outil de pression afin d’obtenir des dérogations sur le plan énergétique. Fico réclame notamment une exemption qui permettrait à la Slovaquie d’honorer son contrat de fourniture en gaz avec Gazprom, en vigueur jusqu’en 2034.
Malgré les tentatives de conciliation de la Commission, qui a envoyé mardi une lettre à la Slovaquie pour répondre à ses inquiétudes, Fico a jugé ces assurances insuffisantes. Il a affirmé que les discussions devaient se poursuivre afin de définir des engagements plus concrets, notamment en matière de compensation en cas de rupture d’approvisionnement, de hausse des prix ou de litiges juridiques potentiels avec Gazprom.
La Slovaquie est l’un des derniers pays de l’UE à continuer d’importer massivement de l’énergie russe. Elle adopte régulièrement des positions perçues comme pro-russes, notamment en appelant à une désescalade du soutien militaire à l’Ukraine. Son opposition à ce nouveau paquet de sanctions illustre les profondes divisions internes qui persistent au sein de l’UE, trois ans après le début de la guerre en Ukraine.
Alors que l’Ukraine exhorte ses alliés européens à maintenir la pression économique sur Moscou, ce blocage met en lumière les tensions entre solidarité politique et intérêts nationaux. Pour l’instant, l’UE reste dans l’impasse, incapable de faire avancer une stratégie de sanctions pourtant centrale dans sa réponse au conflit.