Après avoir traversé la jungle du Darién, entre la Colombie et le Panama, pour rejoindre les États-Unis avec sa femme et ses trois filles, Alberto Peña, un policier vénézuélien, pensait avoir trouvé un havre de paix loin des persécutions qu’il affirme avoir subies dans son pays natal. Mais deux ans plus tard, la décision du président américain Donald Trump de mettre fin au statut de protection temporaire accordé à des centaines de milliers de Vénézuéliens a forcé sa famille à migrer une nouvelle fois, cette fois vers l’Espagne.
« Migrer deux fois est difficile, pour soi-même comme pour ses enfants », confie Peña depuis Madrid. « Mais la tranquillité d’esprit n’a pas de prix. » Son parcours illustre celui d’un nombre croissant de Vénézuéliens qui se tournent désormais vers l’Europe, et notamment vers l’Espagne, devenue une destination privilégiée.
Selon les données européennes, les Vénézuéliens sont devenus pour la première fois en 2025 le groupe le plus nombreux de demandeurs d’asile dans l’Union européenne. Cette évolution s’explique par la baisse des arrivées de Syriens après la chute de Bachar al-Assad l’an dernier, ainsi que par le renforcement des contrôles migratoires en Méditerranée, qui ont réduit les flux en provenance de Tunisie et de Libye.
L’Espagne, avec sa politique migratoire jugée plus souple que celle de nombreux pays européens, attire particulièrement les familles vénézuéliennes. La langue commune et la présence d’une diaspora déjà installée facilitent également l’intégration. Toutefois, de nombreux réfugiés se heurtent à d’importants obstacles : manque de logements abordables, difficulté à accéder au marché du travail et lenteur des procédures administratives.
Pour les Vénézuéliens ayant déjà connu plusieurs exils, la priorité reste néanmoins de reconstruire leur vie dans un environnement sûr. Comme le résume Alberto Peña, « l’Espagne n’est peut-être pas un paradis, mais c’est un endroit où nous pouvons enfin respirer ».