“Alcatraz des Alligators” : la Floride ouvre un centre de détention pour migrants au cœur des Everglades
“Alcatraz des Alligators” : la Floride ouvre un centre de détention pour migrants au cœur des Everglades

Le premier groupe de migrants est arrivé dans un nouveau centre de détention situé en plein cœur des Everglades, en Floride. Surnommée « Alcatraz des Alligators » par les autorités locales, l’installation a été érigée en un temps record sous la houlette du gouverneur républicain Ron DeSantis, avec le soutien de l’administration de Donald Trump. Cette infrastructure, installée sur un ancien aéroport d’entraînement, peut accueillir dans un premier temps environ 3 000 personnes. À terme, elle devrait atteindre une capacité de 5 000 lits.

James Uthmeier, procureur général de Floride, a salué l’arrivée des premiers détenus sur la plateforme X : « Prochaine étape : retour dans leur pays d’origine. » La Floride, par l’intermédiaire de son service de gestion des urgences, a revendiqué la construction rapide du site, réalisée en coordination avec le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et le service fédéral de l’immigration (ICE). Pour l’instant, aucune information détaillée n’a été communiquée concernant le nombre de personnes détenues ni la date précise de leur transfert.

Le centre, équipé de plus de 200 caméras de surveillance, de plus de 8 500 mètres de fils barbelés et d’une force de 400 agents de sécurité, servira à retenir les migrants interpellés par les forces de l’ordre floridiennes dans le cadre du programme fédéral 287(g). Ce dispositif permet aux policiers locaux d’agir avec des prérogatives fédérales, en interrogeant et détenant des migrants en vue d’une éventuelle expulsion.

La mise en place de ce centre suscite une vive controverse. Des parlementaires démocrates de l’État de Floride se sont rendus sur place jeudi pour une visite officielle, exprimant leurs inquiétudes quant aux conditions de détention et à l’attribution rapide de millions de dollars de contrats publics pour la construction. Ils ont déclaré avoir « la responsabilité morale et légale d’exiger des comptes et de dénoncer cet abus avant qu’il ne devienne un modèle national ».

Parallèlement, plusieurs groupes écologistes et représentants de tribus amérindiennes ont engagé des actions pour tenter d’interrompre les activités du centre, évoquant les risques pour l’écosystème fragile des Everglades, les conditions inhumaines dues à la chaleur et aux moustiques, et la profanation de terres sacrées. Le site est également exposé aux fortes pluies fréquentes : certaines tentes ont été inondées lors de la visite de Donald Trump mardi, qui en avait profité pour inaugurer officiellement le complexe.

Malgré l’enthousiasme affiché par Trump et les autorités floridiennes, le DHS a tenu à se distancier du projet dans un document juridique, précisant qu’aucun financement fédéral n’avait été alloué à ce jour. « Le DHS n’a pas mis en œuvre, autorisé, dirigé ou financé le centre de détention temporaire de Floride », indique le texte, précisant que la construction repose sur des fonds et des décisions exclusivement étatiques.

Enfin, des pancartes affichant le nom « Alligator Alcatraz » ont été installées aux abords de la route menant au site, désormais gardé par des agents d’immigration… et mis en scène sur les réseaux sociaux dans des mèmes humoristiques où des alligators coiffés de casquettes ICE surveillent les lieux. Le Parti républicain de Floride a même lancé une campagne de financement en vendant des t-shirts et des accessoires à l’effigie du centre.

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