À Paris, jeudi 10 juillet, une cinquantaine de salariés de Princesse Tam Tam et Comptoir des Cotonniers ont manifesté leur inquiétude et leur colère devant le magasin Uniqlo de la rue Scribe. Rassemblés sous la bannière « Les comptoirs et les princesses en colère », ils ont dénoncé la restructuration en cours dans leurs enseignes, toutes deux placées en redressement judiciaire depuis le 1er juillet à la demande de leur maison mère, le géant japonais Fast Retailing. Cette procédure concerne environ 500 salariés répartis sur une centaine de points de vente en France. D’après les informations disponibles, le plan de redressement pourrait entraîner la fermeture de vingt boutiques Princesse Tam Tam et six magasins Comptoir des Cotonniers, dont une majorité en région parisienne. Au total, soixante-cinq salariés travaillant dans vingt-six magasins sont directement menacés, sans compter les suppressions de postes au siège.
Un avenir flou, des salariés sous pression
Dans les rangs des manifestants, le scepticisme est palpable. Malgré les promesses de relance des marques, peu croient au projet de fusion des deux enseignes dans des magasins communs. Plusieurs employées, majoritairement des femmes, dénoncent une stratégie erratique de Fast Retailing et pointent des erreurs de gestion à répétition. L’une d’elles évoque une absence de vision depuis plusieurs années et fustige la fermeture de boutiques en zone à fort pouvoir d’achat. À cette angoisse sociale s’ajoute la crainte de voir les conditions de licenciement revues à la baisse. Nombreux sont ceux qui redoutent de ne pas bénéficier des indemnités négociées en 2023 lors du précédent plan de sauvegarde de l’emploi, qui avait entraîné la fermeture de cinquante-cinq magasins et la suppression de plus de 300 postes. Cette fois, les onze boutiques qui avaient échappé à la fermeture pourraient être intégrées dans la nouvelle procédure, provoquant la colère des salariés concernés. Alors que les négociations autour du plan social ont débuté le 10 juillet, une nouvelle réunion du comité social et économique est prévue le 16. La signature des mesures pourrait intervenir dès le 1er août, au cœur de l’été, période peu propice à la mobilisation. Plusieurs manifestantes dénoncent une pression accrue de la hiérarchie, certaines ayant reçu des appels la veille du mouvement pour leur rappeler, selon elles, les risques d’une participation à la grève. Des pratiques que Fast Retailing réfute. Dans un climat tendu, les salariés entendent maintenir la pression, même si la direction reste sourde à leurs alertes. À leurs yeux, la stratégie du groupe pourrait bien précipiter la disparition progressive de deux marques emblématiques du prêt-à-porter français.